Réenchantons les rites

Les Grandes Conférences Namuroises

Professeur et Vice-Recteur émérites à l’Université catholique de Louvain, Gabriel Ringlet y fut aussi Président du Département de communication. Prêtre, écrivain et théologien, il est membre de l’Académie Royale de Langue et de Littérature française de Belgique.

Bref, comme on dit chez nous, Gabriel Ringlet est une pointure ! Il a de plus la plume poétique, le verbe haut et clair, ne pratiquant jamais la langue de bois. Volontiers rebelle, non par posture, mais par conviction, c'est enfin un homme de terrain, particulièrement attentif aux questions éthiques et spirituelles qui se posent en fin de vie, accompagnant régulièrement la réflexion d’équipes soignantes et engagé dans le domaine des soins palliatifs.

C'est à chaque fois un plaisir et un enrichissement de l'écouter, ce que j'ai encore eu l'occasion de faire hier soir dans le cadre des Grandes Conférences Namuroises, organisées par l'Université de Namur. Le sujet du jour, dans la droite ligne de son dernier ouvrage (La grâce des jours uniques - Eloge de la célébration chez Albin Michel) concernait l'importance des rites et des célébrations dans notre société.

Célébrer n’est pas qu’une affaire liturgique : c’est une manière d’être au monde. Le rite est inscrit en l’homme, quelles que soient ses croyances et même s’il n’a pas de croyances. Ce n’est pas qu’une affaire spirituelle ! Le rituel est partout, dans le coup d’envoi d’un match de foot et d’une course cycliste, ou dans des gestes quotidiens comme répondre à du courrier. Célébrer, rappelle Gabriel Ringlet en citant Rilke, c’est « faire avec de l’ici de l’au-delà ». Une vie non célébrée risque de se replier sur elle-même, de tourner en rond.

L'objectif des rites est de permettre de porter la lourdeur des jours et de se relever. Le rite, explique-t-il, n’a pas pour fonction de cautionner ni de critiquer un choix éthique, il encourage et aide à traverser la situation. Il n’y a donc pas de situations humaines qui doivent a priori être exclues de la célébration. Toute situation humaine doit donc pouvoir être célébrée, de l’IVG au mariage gay en passant par l'euthanasie. On réalise combien cette position atypique interpelle nombre de chrétiens !

Gabriel Ringlet nous a également beaucoup parlé de ses célébrations en son prieuré de Malèves-Sainte-Marie, celles de la Semaine Sainte en particulier. En effet, il y invite des témoins issus de tous les horizons et de toutes les convictions. Il nous a ainsi expliqué comment des romanciers, poètes, chanteurs, cinéastes et artistes de tout bord se sont prêtés au jeu de ces liturgies hors des sentiers battus. Pour ceux que cela intéresse, signalons que les célébrations de 2020 accueilleront notamment Amélie Nothomb. Ayant eu quelques fois l'occasion de participer à ces célébrations, je peux confirmer qu'elles sont vraiment exceptionnellement intéressantes, tant intellectuellement qu'émotionnellement. Mais je sais que les détracteurs de ces célébrations sont nombreux, qui estiment qu'elles mettent trop l'accent sur l'aspect « spectacles », attirant ainsi beaucoup (trop) de « spectateurs » : même en arrivant avec une heure d'avance, il est fréquent de ne plus trouver de place dans l'église.

Attention, toutefois : le ritualisme, c’est la mort du rite ! Rien n’est pire que la répétition sans âme. Un rituel est réussi lorsqu’il parvient à rejoindre l’inquiétude, les doutes, les joies, les peines, les interrogations de celles et ceux qui y participent, bref à deviner la soif des gens qui sont là. Voilà pourquoi il est important d'apprendre à célébrer. C'est ainsi qu'il nous a présenté son dernier projet : créer une « école » de célébrants, d’hommes et de femmes, croyants ou non. On y apprendra à construire une célébration, à poser sa voix et à inventer les gestes qui donnent du sens. C’est un projet enthousiasmant et passionnant qui l’occupera sans doute durant quelques années encore.

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