Dans le cadre de ma participation au NaNoWriMo 2019, et de manière plus générale dans celui de la mise en oeuvre d'une stratégie d'écriture au long cours, j'ai décidé de participer à l'atelier d'écriture en ligne Mille et une histoires. Chaque samedi midi, une image est proposée à notre imagination. Un mot à placer est proposé en plus de l'image aux personnes désirant corser l'exercice d'écriture. Pour cette semaine, il s'agit de galère.

J'ai failli connaître mon arrière-arrière-arrière-arrière-grand-père, vous vous imaginez ? Il est mort la veille de ma naissance ! C'est mon arrière-grand-père qui me l'a expliqué ce matin. Juste avant de mourir (à vrai dire, il n'est peut-être pas encore mort, mais cela ne saurait tarder). Cela faisait des années que je n'avais plus été lui dire bonjour. Cela me faisait trop mal de voir sa déchéance. Il n'y a pas de fin heureuse, sinon peut-être mourir d'épectase, mais Alzheimer est probablement le pire que l'on puisse imaginer. Il y a dix ans, la dernière fois que je lui avais rendu visite, il ne m'avait même plus reconnu. Il avait déjà quatre-vingt-neuf ans, mais quand même, cela fait un choc.

Ce matin, donc, quelle n'a pas été ma surprise de recevoir un coup de téléphone de ma grand-mère, qui m'annonçait, des larmes (de joie ?) dans la voix que depuis son réveil ce matin, son père allait mieux, et que s'il ne se souvenait pas de ce qui s'était passé ces dix dernière années, par contre, il reconnaissait à nouveau ses proches. Et qu'il avait même demandé à me voir. De toute urgence. Face à cette invitation pour le moins surprenante, j'ai demandé un demi-jour de congé et suis allé lui rendre visite.

Quand je suis arrivé, il m'a aussitôt reconnu et m'a salué d'une voix chevrotante, mais parfaitement audible. Il m'a alors raconté l'extraordinaire vie de son arrière-grand-père, Aloïs. Mais non, pas Alzheimer, ne confondez pas tout, s'il vous plaît ! La veille de ma naissance, il venait de fêter ses cent soixante ans et il commençait à trouver le temps long. Vous ne me croyez pas ? Vous vous dites que c'est impossible ? Qu'on en aurait parlé dans les médias ? C'est que chat échaudé craint l'eau froide, et Aloïs n'avait nulle envie que l'un ou l'autre chercheur russe crie à une nouvelle arnaque, encore plus invraisemblable que celle de Jeanne Calment. Non. Toujours bon pied bon oeil, oublié des hommes (complètement ! Il ne payait plus d'impôts depuis près de cinquante ans) et des Moires, il coulait des jours heureux chez son arrière-arrière-petit-fils. Et en parlant des Moires, c'est bien là que le problème se trouvait. Ne me dites pas que vous ne connaissez pas ces trois sœurs qui incarnent le destin et régentent notre vie à toutes et tous. Il y a Clotho, la Fileuse, qui tisse le fil de la vie. Et puis, Lachésis, la Répartitrice, qui le déroule. Et enfin Atropos, l'Implacable, qui le coupe de ses ciseaux intraitables. Dans le cas d'Aloïs, c'était Atropos le nœud du problème, un comble pour une tisserande. Elle avait des trous de mémoire, un comble pour une Moire !

Aloïs, qui commençait à en avoir assez de sa vie terrestre, devenue une vraie galère, et qui aspirait à plonger dans les eaux du Léthé afin de tout oublier avant de revenir dans un corps nouveau, s'en fut donc trouver Zeus pour plaider sa cause. La question de savoir si Zeus doit se soumettre aux Moires ou s'il peut infléchir le cours du destin, l'emporter sur ce qui est tracé d'avance n'est toujours pas résolue, les plus grands mythologues grecs n'ont toujours pas réussi à se mettre d'accord à ce sujet. Enfin, l'important est que le souverain de l'Olympe réussit à convaincre Atropos d'enfin s'occuper d'Aloïs, et plus généralement de notre famille.

Bref, voilà ce que m'a raconté mon arrière-grand-père ce matin, ajoutant qu'il n'avait nullement envie de fêter demain ses cent ans, que c'est pour cette raison qu'il m'avait demandé de venir en urgence, moi, la réincarnation probable d'Aloïs, afin qu'il puisse tout m'expliquer de vive voix avant de lui-même s'en aller. Car la nuit passée, il avait rencontré Atropos en songe. Elle semblait à nouveau souffrir de sa maladie neurodégénérative. Elle a toutefois promis de s'occuper très prochainement de nous.

C'est bien évidemment exceptionnel de demander un congé pour l'enterrement d'une personne qui n'est peut-être pas encore morte, mais comme je veux être certain de pouvoir assister aux funérailles de mon arrière-grand-père, je m'en vais de ce pas trouver mon chef de service afin de

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