Des mots, une histoire : petit exercice d'écriture proposé par Olivia : rédiger un texte contenant une série de mots imposés, choisis par les internautes. La pêche de cette semaine : ruchedoléancesinterprètefleuristecitronévénementabsence. En route donc pour le deuxième épisode des aventures de Carine et de Christophe.

Quand je suis rentré du boulot tout à l'heure, c'est Médor qui m'a accueilli, avec force jappements de joie, truffe humide et langue pendante. Ce n'est pas le style d'accueil que je préfère - vous savez maintenant ce que je pense de ce clébard - mais en l'absence de Carine, j'étais bien obligé de me contenter de l'accueil que je recevais, fût-ce celui d'un animal honni.

Mais je me trompais en croyant que Carine n'était pas encore rentrée. C'est en pénétrant dans le salon que je me suis rendu compte de ma méprise : elle était affalée au fond d'un fauteuil, serrant dans sa main droite son avant-bras gauche, le fixant de ses yeux rougis d'avoir trop pleuré. Elle avait beau me tirer la tête depuis notre altercation de la semaine dernière, je n'ai pu m'empêcher de me précipiter à ses côtés, afin de recueillir ses doléances.

- Regarde ! Là ! Tu vois comme cela gonfle ? Je viens de me faire piquer par une abeille.

- Si ce n'est que cela, rien de grave, je vais chercher un demi citron pour te frictionner. Il paraît que c'est radical pour soulager ce type de douleur.

- Inutile ! Le problème, ce n'est pas la douleur ! Je ne te l'ai jamais dit ? Je suis allergique aux piqûres de guêpes et d'abeilles. Il y a cinq ans, j'ai déjà frôlé un choc anaphylactique !

Sur ces mots, Carine s'est remise à pleurer de plus belle. Heureusement, l'abeille n'avait pas laissé son dard, ni donc son venin, dans le bras de ma compagne, et il y avait plus de peur que de mal.

Mais justement, la peur est mauvaise conseillère ! En me menaçant de ne plus m'adresser la parole si je n'obtempérais pas, Carine a exigé que j'aille trouver notre voisine, pour me faire l'interprète de sa colère.

Je ne connaissais pas bien Julie, notre voisine. Il y a seulement six mois qu'elle vient d'acheter la maison à côté de la nôtre, qui était restée à l'abandon pendant plus de dix ans. Vous imaginez l'événement que cela avait représenté pour notre quartier ! Non seulement la maison avait repris l'air coquet qu'elle avait perdu depuis longtemps, mais, surtout, le grand jardin à l'arrière était enfin entretenu. Finis les chardons et les ronces. Fleuriste de profession, Julie les avait remplacés par mille et une plantes aux fleurs plus colorées et plus mellifères les unes que les autres. Et dans la foulée, elle avait installé trois ruches à la limite de notre jardin.

Bref, j'avais été chargé par Carine de négocier avec Julie le déplacement de ces ruches de l'autre côté de son jardin, le plus loin possible du nôtre.

Je rentre à l'instant de chez Julie. Les négociations ont été longues, Carine est déjà au lit, endormie. Je n'avais jamais fait qu'entrevoir Julie depuis son emménagement : elle est bien plus jeune et beaucoup plus jolie que je le croyais. Elle a finalement accepté de déplacer ses ruches. Elle est vraiment charmante, mais je ne suis pas certain que Carine aurait eu la même force de persuasion.

Il y a juste une chose que j'ai oublié de de lui demander, c'est si elle possède un chien. Car je suis allergique aux chiens !

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