Le rêve d’une barque

Le Goût des Autres m’a l’air d’humeur bien chagrine ce week-end… Vous avez vu le sombre tableau qu’il nous propose ? Ou bien est-ce moi qui suis d’humeur pessimiste ? Ou bien est-ce simplement le monde qui ne tourne plus très rond ?


 
Mais que diable fait cette barque vide au bord de l’eau ?
Au moins ça m’inspire…
Mais vous ?
J’espère que lundi vous aurez dit quelque chose sur cette embarcation mystérieuse.

 

Il y avait ici des être humains. Une vingtaine. Des hommes, des femmes, et même des enfants, parfois très jeunes.

Il y avait ici des êtres humains. Je ne vous parle pas d’un lointain passé, je vous parle simplement d’hier.

Il y avait ici des êtres humains qui pleuraient. De tristesse, de devoir laisser derrière eux une partie de leur famille, une partie de leurs amis. De rage, contre les passeurs, qui leur avaient extorqué tout ce qu’ils possédaient, et ce n’était déjà pas grand chose. De peur, car il faisait froid et la mer était moins calme qu’annoncé.

Il y avait ici des êtres humains qui rêvaient. D’un ailleurs meilleur. Certains d’entre nous se moquaient d’eux, critiquant ceux qui pensent que l’herbe est toujours plus verte ailleurs.

Il y avait ici des êtres humains qui rêvaient. De simplement trouver un peu d’herbe. Tant pis si elle n’est pas aussi verte qu’espéré, c’est déjà bien d’avoir un peu d’herbe. De retrouver une partie de leurs amis, de leur famille, qui avaient réussi la traversée.

Il n’y a plus ici qu’une barque, pauvre barque de pêcheur, que la mer a rejetée sur la plage.

Il n’y a plus ici qu’une barque, qui pleure. Les barques ne pleurent pas. Celle-ci, oui. Elle pleure ses occupants qu’elle n’a pas pu sauver. Elle a fait ce qu’elle a pu, mais ses passagers étaient trop nombreux, et les vagues trop fortes.

Il n’y a plus ici qu’une barque qui pleure d’avoir chaviré.

Il n’y a plus ici qu’une barque qui rêve. Les barques ne rêvent pas. Celle-ci, oui. Elle rêve d’un monde où les êtres humains n’auraient pas à fuir leur pays. Elle rêve d’un monde où les migrants n’auraient plus besoin d’elle. Elle rêve d’un monde où elle n’aurait à faire que ce qu’elle sait faire : aller pêcher.

Cet article a 7 commentaires

  1. Tu as une confiance légitimement mesurée en l’humanité.
    La misère, la dureté et l’hypocrisie des hommes nous sont jetées à la figure avec une précision chirurgicale.

  2. heure-bleue

    Tu as, comme moi, une légère tendance à trouver que les humains ne le sont pas tant que ça.

  3. Gwen

    Je n’ai pas eu le courage d’écrire sur ce sujet bouleversant. Nous nous sentons honteux de ne rien faire à notre échelle individuelle, mais sommes-nous prêts à recueillir chez nous l’un de ces migrants ?
    Je l’ai pourtant fait, mais dans un autre contexte : Kidané était médecin dans son pays l’Erythrée qu’il a dû fuir avec sa femme et son bébé il y a cinq ans. Ils sont au Soudan parce qu’il a été le seul à pouvoir entrer en France. Pris en charge par une association, il a d’abord été aide-soignant et a appris le français à une vitesse stupéfiante. Il passe actuellement des examens pour reprendre son métier de médecin. Je n’ai donc aucun mérite à l’héberger (bénévolement of course).
    Il devrait obtenir bientôt l’autorisation de faire venir sa famille et vient de trouver un appartement.

    1. Passion Culture

      Merci pour ton témoignage !

  4. Berthoise

    Très beau. Hélas.

    1. Passion Culture

      Comme tu dis, hélas…

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