Génération sandwich

Job Berckeyde

Oyez, oyez, gentes dames, nobles seigneurs, damoiselles et damoiseaux.
Sortez les atours de festoie et que l’olifant soit sonné car seront donnés moult réjouissances et festoiements en votre présence, à l’occasion du presque centième devoir du Goût.

Aujourd’hui  je vous soumets cette toile peinte vers 1680 de Job Berckeyde.
Il y est question de pain, celui qu’on doit pétrir pour le vendre ou gagner à la sueur de son front.
Si vous me disiez lundi ce que vous avez retiré de cette toile ?
Hmmm ?

Hmmm ? J’avais prévu aujourd’hui de vous parler de la génération sandwich. Mais comme nous sommes lundi, la toile proposée fera le Job 😉 .

Vous pensez peut-être que le titre de mon billet fait référence à cette génération de jeunes (voire de moins jeunes) qui à midi se contentent d’un encas acheté à l’échoppe du coin : sandwich, dagobert ou autre kebab. Et bien non, c’est de nous les sexas que je veux vous entretenir, nous qui sommes toujours les parents de nos enfants, qui sommes devenus les grands-parents de nos petits-enfants et qui devenons peu à peu les parents de nos parents.

Les mois d’été ont été bien occupés, et nos vacances régulièrement reportées, heureusement jamais annulées, puisque jamais réservées. Les enfants travaillaient. Quand les petits-enfants ne participaient pas à un camp scout ou à un stage, il fallait bien s’en occuper et c’est avec grand plaisir que nous les avons accueillis à tour de rôle. Mon Dieu, en grandissant, quel appétit leur vient ! Ils mangent maintenant plus que nous, et au petit déjeuner, un pain ne suffit plus, il en faut deux !

Et puis au mois de juillet, il y a eu l’arrivée du petit dernier (le neuvième, déjà), mais qui s’est fait attendre. Il est né une semaine après terme, d’où un décalage de nos vacances d’une semaine puisque nous devions nous occuper de son grand frère. Mais quand le petiot est arrivé, il souffrait de détresse respiratoire et a dû passer une dizaine de jours aux soins intensifs, puis au service de néonatalogie. Bref, le grand frère (trois ans) est resté chez nous plus longtemps que prévu. A son âge, il ne fait bien sûr pas encore ses tartines tout seul, mais au moins il mange tout seul.

Ce n’est pas comme nos mères respectives, à qui nous rendons régulièrement visite. Elles ne sont bien sûr pas dans la même maison de repos, c’eût été trop simple. Atteintes de lésions cérébrales pour l’une, de Parkinson pour l’autre, elles n’ont malheureusement plus toute leur tête ni leur ancienne dextérité. Bref, elles ont grand besoin qu’on les aide à manger. Au repas du soir, les tartines qu’on leur sert ont été amputées de leurs croûtes, mais cela ne suffit pas toujours, alors il faut les découper en petits carrés et leur donner la becquée.

Cela fait peut-être cul-cul, voire gnan-gnan, mais comme un brin d’autosatisfaction n’a jamais fait de tort à personne, nous nous disons que nous bons comme le pain, francs comme l’or.

Excusez moi, je vous laisse, j’ai un petit creux et nous n’avons plus de pain. Il est temps pour moi de faire un saut jusqu’à la boulangerie 🙂 .

Cet article a 10 commentaires

  1. Il y a des choses qu’on peut ne pas faire.
    Il y en a d’autres auxquelles on ne peut échapper sous peine de se ravaler au rang d’une bête même pas sauvage qui, elle au moins, s’occupe de ses petits.
    Même s’il est plus agréable de donner un biberon à son petit fils, il est nécessaire de tendre la cuiler à ses parents qui ne peuvent plus manger sans aide.

  2. Adrienne

    m’occuper de ma grand-mère, ça fait partie de mes plus doux souvenirs, c’était si bon de pouvoir lui rendre un peu de ce que j’ai reçu d’elle, beaucoup d’amour.

  3. lizagrece

    9 petits enfants ? … Quelle tâche énorme !

    1. Passion Culture

      Oui, mais quelle joie ! Il y a quelques mois, nous avons offert à nos enfants un week-end en couple. Nous en avons donc eu huit en même temps pendant deux jours 😉 .

  4. Praline

    Venir en aide à ses parents tout comme ils nous ont aidés est très beau, j’ai aimé donner la becquée à Maman.
    Pour avoir travaillé vingt ans en EHPAD je sais que ce n’est pas toujours le cas, certains enfants sont bien absents… et ce n’est pas seulement une question de distance kilométrique.
    9 petits-enfants, je suis battue, je n’en ai que 6 ! 😉

  5. Ambre

    9 petits-enfants, les tablées familiales doivent être impressionnantes !
    Bonne journée !

    (mes parents sont partis trop vite pour que j’ai eue à leur donner la becquée …)

    1. Passion Culture

      Oui, les allonges ne suffisant plus, nous mettons deux tables l’une à la suite de l’autre 😉 .

  6. Gwen

    Au moins, c’est la vrai vie que tu nous racontes !
    Oui nous devenons les parents de nos parents quand le grand âge est venu pour eux… C’est la raison pour laquelle garder mon autonomie est mon obsession et mon objectif principal.

    1. Passion Culture

      C’est effectivement ma hantise, de perdre la tête sans m’en rendre compte 🙁 .

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