La farandole de Marie

Pour le devoir de cette semaine, le Goût nous propose de lui raconter ce qu’évoque pour nous Marie Laurencin. Mon devoir sera vite fait : la réponse est Rien. Ah si, en grattant bien le fond de ma mémoire, elle évoque simplement Joe Dassin. Mais si, voyons, vous n’avez jamais fredonné L’été indien ? Je savais donc qu’ele était aquarelliste, mais je n’ai jamais eu la curiosité intellectuelle (J’avais 19 ans ! Et Internet n’existait pas encore !) d’en savoir plus. Enfin ! Grâce au Goût, j’ai maintenant découvert une oeuvre de Marie Laurencin !

Coïncidence : cette chanson est sortie en 45 tours il y a exactement 46 ans : le 5 juin 1975 !

Trêve de plaisanteries, je ne vais pas vous laisser avec un si maigre os à ronger. Je vous propose donc le troisième épisode de mon feuilleton.

Cette artiste est connue dans le monde entier.
Parfois vue avec admiration.
Parfois avec détestation.
Mais vous ? Qu’avez-vous à dire de Marie Laurencin ?
Que vous laisse-t-elle comme souvenir ?

Enfin, me voilà devant le Patriarche !

– Bonjour, vous me reconnaissez ?

– Bien sûr, ma petite Audrey ! Comment pourrais-je avoir oublié la meilleure amie de ma petite-fille ? Bien sûr, tu es maintenant une femme, mais tu n’as pas fondamentalement changé. Tu as toujours le même regard inquiet que quand Justine a pris ta défense devant le conseil de discipline.

Je me souviens. Il y a si longtemps, mais c’est comme si c’était hier. J’avais quinze ans. Mon père avait été muté et nous avions quitté le petit village ardennais où j’étais née pour nous installer dans une grosse bourgade du Brabant Wallon. Il avait bien sûr fallu me changer d’école, et c’est ainsi que j’ai atterri, en milieu d’année scolaire, au Lycée Laurencin. A l’époque, j’étais terriblement timide, farouche même, et j’ai très mal vécu cette transplantation. D’autant que la plupart des filles de la classe formaient un bloc exclusif. Elles ont donc pris un malin plaisir à remettre au goût du jour une vieille coutume appelée La farandole de Marie. Il s’agissait ni plus ni moins que d’une forme de bizutage. J’ai été obligée de m’asseoir par terre au milieu d’elles et elles tournaient toutes autour de moi, anonnant des paroles stupides où il était question d’un bébé qui n’avait pas été sage, qui n’vait pas bu son biberon et qu’il fallait punir. Une d’elles s’est mise à tirer sur mes tresses, une autre à soulever ma jupe, une troisième à me chatouiller et ainsi de suite. Je l’ai dit, j’étais timide, mais pas du genre à me laisser faire. Au bout d’un moment, je me suis donc levée et mise en colère. Alors, j’ai commencé à distribuer autour de moi coups de genoux et coups de pieds. Je crois même que j’en ai mordu l’une ou l’autre. Il a finalement fallu qu’une enseignante intervienne et nous sépare. Malheureusement, c’est moi qui n’avais pas accepté la coutume. C’était donc moi qui était coupable et j’ai dû me présenter devant le conseil de discipline, qui devait statuer sur la sanction à m’infliger. Le conseil était présidé par madame Minerve, que je ne connaissais pas encore, mais dont je savais toutefois qu’elle était considérée comme la pire peau de vache de toute l’école. Heureusement, par un louable souci de démocratie, le conseil comptait également une représentante des élèves. En l’occurrence, Justine, la fille de madame Minerve. Je n’étais dans cette école que depuis une dizaine de jours et je n’avais pas encore eu l’occasion d’échanger la moinde parole avec elle. Il n’y avait donc aucune raison pour qu’elle prenne ma défense. Cela allait être ma fête. Contre toute attente, Justine, qui se révélait déjà comme une rebelle en puissance, a plaidé ma cause avec conviction. Il n’était pas question de rendre une nouvelle arrivée coupable de la résurgence d’une coutume d’un autre âge, et de m’infliger ainsi une double peine. Non seulement elle s’opposait à la sanction proposée par sa mère (un jour d’exclusion de l’école), mais elle exigeait même que le conseil de discipline, au nom du Lycée Laurencin, me présente ses excuses pour cette pratique barbare qu’était La farandole de Marie.

Son éloquence fut telle que même si je n’obtins pas les excuses qu’elle demandait, j’ai échappé à toute forme de sanction. C’est ce jour là que naquit entre nous une amitié qui allait durer des années, bien au-delà de notre parcours scolaire.

Cet article a 7 commentaires

  1. Adrienne

    Ah oui, je n’y pensais plus, Joe Dassin !

  2. Fabie

    J’en avais 17, je savais que je connaissais ce nom, mais il m’a fallu l’aide d’internet pour raviver mes souvenirs 🙂

  3. heure-bleue

    Jo Dassin a laissé plus de souvenirs que Marie Laurencin

  4. Finalement, nous avons plus en mémoire la chanson de Joe Dassin que l’oeuvre de Marie Laurencin…
    Merci pour la suite du feuilleton.

  5. Tu nous contes une belle histoire de bizutage qui se termine bien. Je ne connais Marie-Laurencin que de nom…

  6. Jerry OX

    Ah ! je me souviens aussi de cette chanson à succès parue en 45 tours le 5 juin 1975 !: « l’été indien  » de Joe Dassin avec cette belle évocation de la toile de Marie Laurencin qui évoque beaucoup pour vous contrairement à votre joli préambule à ce sujet , Marie.

  7. Passion Culture

    Merci à toutes et tous pour vos commentaires. A bientôt pour de nouvelles aventures 😉 !

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