Le maître de tout

Croyant ? Athée ? Agnostique ? Comment me définir ?

J’ai vécu toute mon enfance et ma jeunesse dans un milieu catholique pratiquant (et très ouvert). Mais avec l’avancée en âge et le raidissement des positions de l’Eglise (au moins jusqu’à l’élection de François), ma foi s’est montrée de plus en plus vacillante, au point de ne plus très bien savoir où j’en suis. En toute honnêteté, je ne puis plus me qualifier de croyant, mais je garde une certaine nostalgie du temps où j’avais la foi. (Peut-être tout simplement la nostalgie de la jeunesse ?) Quand j’ai lu la semaine dernière ce texte de Erri De Luca, j’ai vibré au même diapason que le personnage de ce roman.

Avait-il besoin de croire qu’il existait un contremaître et que le monde était son produit fini ? Il n’en avait pas besoin pour lui parler, pour le croire à l’écoute, mais c’était une pensée qui lui tenait compagnie. S’il existait un maître de tout, il n’aurait pas laissé son bien se gâter, livré aux mains de l’espèce des hommes. S’il existait un maître, il s’était enivré et avait perdu le chemin de sa maison. Il valait mieux qu’il n’existe pas. L’homme prospérait en son absence. Il avait appris le bien et le mal en se servant tout seul. Un maître de tout était impossible, mais cet impossible tenait compagnie. Face au ciel qui, le soir, descendait jusqu’à terre, il aimait dire un merci au contremaître.

Erri De Luca – Le poids du papillon – p. 49

 

Cet article a 3 commentaires

  1. Adrienne

    j’ai eu ma période « mystique » vers mes 15-16 ans, comme beaucoup d’adolescents, puis la foi dans laquelle j’ai été élevée, je l’ai perdue tout de suite après, elle n’a pas résisté à mes réflexions/observations/déductions, mais je peux très bien comprendre la phrase d’Erri de Luca et cette sorte de gratitude qu’on peut éprouver devant la beauté de la nature.

  2. Gwen

    Les Ursulines de mon enfance ont fait de moi un petit robot croyant et intransigeant, sûr de ses convictions. Mes parents ne pratiquaient que pour les conventions sociales : on ne parlait pas de Dieu à la maison.
    Puis nous sommes venus à Nantes où deux religieuses ont d’un coup anéanti le « travail » des Ursulines et « grâce à elles » j’ai perdu la foi…Je suis devenue agnostique et sereinement incroyante… mais passionnée par le personnage historique de l’homme qu’a été Jésus et admirative des beautés de la Nature qui parfois me feraient douter…
    Il y a tant de questions que je me pose sans trouver de réponses !

  3. Passion Culture

    Un tout grand merci à vous deux pour votre témoignage !

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