Recommencer à zéro

– Ne me dites pas que vous n’y avez jamais pensé. Tout laisser tomber pour recommencer à zéro. Ce serait pas mal, non ?

– Vous êtes folle.

Mais la femme dit que beaucoup de gens rêvent de recommencer à zéro, et elle ajouta qu’il y avait là-dedans quelque chose d’émouvant, non de fou. Elle dit que presque personne, en réalité, ne recommence vraiment à zéro, mais qu’on n’a pas idée du temps que les gens consacrent à ce fantasme, souvent alors même qu’ils sont noyés dans leurs problèmes, et dans la vie qu’ils voudraient laisser tomber.

Alessandro Bricco – Trois fois dès l’aube – p. 30

Ah, recommencer à zéro ! Il y a chez moi un peu de ce fantasme récurrent… En tout cas en ce qui concerne les aspects fondamentaux : changer complètement de vie, aller m’établir à l’étranger, changer d’épouse… Je le répète, ce n’est que du domaine du fantasme ! Mais dans certains cas, cela correspond à une réalité : je ne compte pas les changements de boulots qui ont émaillé ma vie professionnelle. Quand j’étais enseignant, ce qui me plaisait, c’était justement qu’à chaque rentrée scolaire, c’était un recommencement : bien sûr, ma réputation (de peau de vache) me poursuivait, mais j’avais l’opportunité de débuter l’année avec de nouveaux élèves, d’envisager de changer la manière d’aborder la matière… Je ne compte plus le nombre d’avatars que mon blog a connus : changement de plate-forme (Joomla!, WordPress…), de noms de domaines, etc.

En septembre 2019, quand j’ai pris ma pension, je me suis dit que c’était l’occasion de « (re)commencer à zéro ». Hélas, finalement, pas grand chose n’a changé… Ou plutôt si, il y a eu cette fichue Covid qui a tout figé.

Il est maintenant trop tard pour recommencer à zéro. N’essayez pas de me convaincre du contraire. Je ne vais pas refaire des études (je ferais le Journalisme ou les Romanes au lieu de Mathématique et Physique), fonder une nouvelle famille (je me vois mal expliquer à mes huit petits-enfants qu’ils vont bientôt avoir une tante ou un oncle plus jeunes qu’eux)…

Ceci dit, un petit ajustement de cap n’est pas inenvisageable ! On peut garder le même navire et aller visiter d’autres îles avant que d’accoster une dernière…

Cet article a 2 commentaires

  1. heure-bleue

    Je suis d’accord avec toi, nous avons passé notre vie à déménager, nouveaux quartiers, parfois changement de pays, nous avons même vécu un an à Bruxelles mais au final, c’est la même chose.

    1. Passion Culture

      En ce qui concerne les déménagements, c’est un peu différent, non ? En tous cas quand cela ne correspond pas à une décision personnelle. Quand j’étais jeune, j’ai beaucoup déménagé, et c’était chaque fois la galère pour se faire de nouveaux amis, pour se faire sa place dans un groupe déjà constitué. J’avoue en avoir beaucoup souffert. Pour « résoudre ce problème », mes parents m’ont inscrit en internat à l’âge de douze ans. Comme ça, c’était un peu de stabilité assurée pour six ans.

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