Sans dire un mot

Sans dire un mot
Xavier Deutsch
Weyrich – Collection La Traversée
2012 – 141 pages
(lu entre le 27 et le 29 mars 2021)

Avis

Voilà un roman à propos duquel il est a priori bien difficile de donner un avis ! Si vous le lisez sans rien savoir de son contexte éditorial, vous le trouverez non pas simple, mais franchement simpliste. Phrases ultra courtes, syntaxe réduite au minimum, absence quasi totale d’effets de style… Pour vous en convaincre, lisez ci-dessous l’Incipit et la Quatrième. Vous vous demanderez peut-être si vous ne vous êtes pas trompé de genre et si vous n’avez pas entamé la lecture d’un livre pour enfants ! Et pourtant non, l’intrigue est faite de passion, d’adultère et de meurtre. C’est bien un roman pour adultes… Alors, quoi ?

Si vous creusez un peu vos recherches, que vous vous vous renseignez sur la collection La Traversée, vous lirez :

Avant La Traversée, il existait peu de livres accessibles aux adultes éloignés de la lecture.
Les livres sont-ils réservés à certains?
Et s’ils pouvaient s’adresser au plus grand nombre?
C’est sur une demande d’apprenants en formation d’alphabétisation qu’est née l’envie de créer cette collection inédite…

L’intérêt de la démarche est donc là : ce ne sont donc pas seulement des écrivains qui, seuls dans leur chambre, décident d’écrire pour des adultes qui apprennent à lire, mais bien une démarche commune avec d’anciens analphabètes et une ASBL d’apprentissage à la lecture :

À l’initiative de Lire et Écrire Luxembourg, des écrivains belges ont accepté d’écrire des romans pour tous, avec une attention particulière pour les adultes débutant en lecture. Cette collection, publiée aux éditions Weyrich depuis 2012, permet notamment aux lecteurs faibles de prendre du plaisir à lire autrement qu’à travers des ouvrages pour enfants ou des romans ado.

Une clause de départ était imposée à tous les écrivains : se soumettre à l’œil critique d’un comité de lecture composé d’anciens analphabètes. Les auteurs ont accepté la contrainte et mis leur liberté d’artiste entre parenthèses au cours de séances de correction orchestrées par leurs futurs lecteurs.

Résultat de ce processus d’écriture : de courts romans aux univers très différents.

Les auteurs ont réussi à sauvegarder la beauté de leur écriture et leurs futurs lecteurs se disent ravis de pouvoir enfin trouver des livres qui « leur parlent ».

Mais ne cherchez aucune préface ou quatrième de couverture indiquant la spécificité du public visé : les éditeurs et auteurs font le pari que ces histoires plairont à tous, de 18 à 107 ans, lettrés ou pas.

Donc, chapeau pour la démarche ! C’est vrai que le style de Sans dire un mot n’est pas ma tasse de thé, que je le trouve simpliste, mais l’histoire racontée est accrocheuse, en aucun cas mièvre, et j’ai pris beaucoup de plaisir à sa lecture.

Par ailleurs, je me demande quel accueil ce genre de romans recevrait de la part de participants d’un cours de FLE (Français Langue Etrangère).

L’avis d’autres blogueurs

Lalynx a l’impression d’être prise pour une abrutie. Elle trouve ce roman lourd et désagréable à lire. Bref, une déception.

Pour Morgouille, la lecture a carrément été un petit supplice.

Ddh est beaucoup plus positif : « Un livre à conseiller à ceux qui répugnent devant une brique et qui souhaitent s’initier à l’évasion que procure le roman.« 

Challenges

Ce billet constitue ma (presque première et ) dernière participation au Mois Belge 2021.

Incipit

Sarah est belle.
Elle prend son bain.
Il est encore tôt mais le soleil s’est déjà levé.
Par la fenêtre, Sarah voit le ciel.
Ce jour est important, et Sarah est heureuse.

Quatrième

Sarah se lève pour enlever les assiettes.
Elle apporte un pot de café sur la table.
Alors Simon la regarde. Il ne dit jamais rien.
On ne sait pas ce qu’il pense. Mais il regarde Sarah.
Les yeux noirs de Simon ressemblent à du charbon.
Une étincelle y est allumée.

 

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