Mort d’un commis voyageur

Cette semaine, le Goût nous a gâtés pour notre devoir hebdomadaire : en sus de la traditionnelle illustration, il nous a fixé la première et la dernière phrase de notre texte…

Je vous propose de dire ce que vous inspire cette toile de Mr Vettriano.
Une histoire qui commencerait par :
« Un bel organe, un imperturbable aplomb, plus de tempérament que d’intelligence et plus d’emphase que de lyrisme, achevaient de rehausser cette admirable nature de charlatan, où il y avait du coiffeur et du toréador. »
Et qui finirait par :
« Elle en retira qu’il n’avait que l’aspect d’un brave, avec l’entrain facile d’un commis voyageur. »

Déposition de Charles

Un bel organe, un imperturbable aplomb, plus de tempérament que d’intelligence et plus d’emphase que de lyrisme, achevaient de rehausser cette admirable nature de charlatan, où il y avait du coiffeur et du toréador. Mais que voulez-vous, ma femme est sensible à ce genre de séducteur. Quand je suis entré par hasard dans ce café et que je me suis approché d’eux, j’ai de suite compris qu’il était en train de l’embobiner. Elle jouait à l’indifférente, mais croyez moi, en son coeur, elle avait déjà accepté l’hommage maladroit qu’il lui faisait. Je comprends bien sûr, inspecteur, que vous me soupçonniez, c’est généralement le lot de tous les maris trompés. Mais je ne fais pas partie de cette horde de cocus meurtriers. Si c’était le cas, il y a déjà bien longtemps que j’aurais tué Léon ! Bien sûr que je sais que c’est l’amant de ma femme. Un amant horriblement jaloux. C’est pour cela qu’il était présent, assis à sa table à l’écart, l’air de rien. Il surveillait Emma, il avait des doutes. Ne cherchez plus inspecteur : un amant trahi est parfois plus dangereux qu’un mari cocu. C’est Léon le coupable !

Déposition de Emma

Rodolphe était un charlatan, je le savais depuis le début. Il se prétendait chef de labo dans une grosse société pharmaceutique. Il avait de l’assurance, une voix envoûtante et beaucoup d’argent. Surtout, ce qui m’intéressait, c’était d’obtenir pour mon père qui n’avait pas la chance d’être dans une maison de repos, l’une des doses excédentaires de vaccin qu’il affirmait détenir. Mais ce n’est pas de l’argent qu’il attendait de moi. J’ai eu beau lui expliquer que je suis à plaindre, mais pas à vendre, il ne semblait pas comprendre. C’est quand il a de nouveau cherché à me séduire avec emphase que Charles est arrivé derrière lui. Il a dû l’entendre me faire sa déclaration, me dire qu’il laissait enfin tomber son masque et que moi, je pouvais lui faire confiance et abandonner mes gestes barrières. Oui, inspecteur, Charles a dû croire que nous étions amants. Ne cherchez plus le coupable : c’est Charles !

Déposition de Léon

Ne cherchez plus, inspecteur : c’est elle la coupable ! Elle avait cruellement besoin d’argent pour acheter une dose de vaccin au marché noir. Elle avait d’abord essayé de m’emprunter mille euros, mais même si je l’avais voulu, j’en aurais bien été incapable : je suis cafetier et actuellement, en raison des mesures sanitaires, je suis en manque de liquidités. Rodolphe, lui, avait de l’argent et n’était pas insensible aux charmes de Emma. Mais voilà, elle n’a pas voulu payer de sa personne, n’est pas grisette qui veut ! Au début, elle en avait peur, mais elle a finalement compris qu’elle ne risquait rien en s’attaquant à lui. Ils eurent une longue discussion. Elle en retira qu’il n’avait que l’aspect d’un brave, avec l’entrain facile d’un commis voyageur.

Cet article a 7 commentaires

  1. Adrienne

    on voit que ta lecture est toute fraîche et enthousiaste 🙂
    bien joué!

  2. Passion Culture

    Une suite 😉 ? Peut-être un prochain devoir m’apportera-t-il de l’inspiration 🙂 ?

  3. Gwen

    Comme les autres, je reste sur ma faim !

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