Allons !

Chouette, c’est la rentrée ! Les devoirs de Lakevio du Goût reprennent ! Celui-ci est le soixante-deuxième du nom.

C’est la rentrée…
Eh oui ! Alors, pour commencer « le deuxième trimestre » si important, celui qui décide de la classe que vous rejoindrez l’an prochain je vous propose cette aquarelle.
Alors, que diriez-vous lectrices chéries qui ne vieillirez pas plus cette année que les précédentes, d’écrire un récit sur ce tableau de John Salminen ?
Parlez-moi de ce lieu, de cet homme, de ce que vous pensez.

 

Je sens que vous m’épiez. Je ne vous vois pas, vous vous cachez derrière vos lourdes tentures, mais je sens que vous êtes là, à me regarder, à me jauger, à me juger. Vous êtes bien au chaud chez vous, vous vous croyez à l’abri. Et il est vrai que vous ne risquez rien d’autre que de vous dessécher. La plupart d’entre vous me condamnent, me traitent de fou. Les autres, faible minorité, m’envient. Ils voudraient être moi, ou simplement avec moi, mais ils n’osent pas.

Vous vous méprenez sur moi.

Bien sûr, je suis jeune. Mais je ne reviens pas d’une rave party. Cessez donc vos amalgames.

Bien sûr, je porte un sac à dos, vos attachés-cases de fonctionnaires frileux me donnent la nausée. Mais dans mon sac à dos, j’ai un pain et un pot de beurrre, que je vais porter à ma mère-grand, car elle a peur de la Maladie, elle n’ose plus sortir de chez elle pour aller faire ses courses.

Bien sûr que j’ai peur, moi aussi, d’être contaminé. Mais je porte un masque. Pour me protéger. Pour vous protéger.

Bien sûr que j’ai passé un triste réveillon. Comme vous tous sans doute. Peut-être plus triste encore, car ma copine travaillait de nuit dans une unité covid. Mais j’en ai profité pour lire un peu de poésie. On ne lit plus assez de poésie de nos jours, on préfère la lecture des statistiques de la pandémie. Est-ce cela qui nous redonnera la joie de vivre ?

J’aurais voulu être celui-là qui vient
Porteur d’une joie d’être à partager
Avec tous les humains qui saignent
De leurs rêves lourds d’espoirs blessés
Je porte en moi les sucs de la terre
La danse de flamme du sang au cœur
Ma poitrine se gonfle du vent des astres
J’halète de la sève de tout ce qui vibre
Frémit palpite et vit au rythme des saisons

Jacques Viallebesset, Extrait de Sous l’étoile de Giono.

Bien sûr que j’ai passé un triste réveillon. Mais j’en ai profité pour regarder le soleil se lever. Savez-vous qu’il se lève tous les jours ? Est-ce trop demander que d’assister de temps à autre à son lever et d’ainsi lui rendre hommage ?

Alors, plutôt que me regarder de la sorte, allez dans votre salle de bains. Et trouvez au moins le courage de vous regarder en face ! Vous vous complaisez dans un passé mortifère, ne le comprenez-vous pas ?

Allons ! Cessez de vivre dans les affres de 2020. Bien sûr, nul ne sait ce que l’année nouvelle nous réserve, peut-être sera-ce meilleur ? Peut-être sera-ce pire ? Après tout, qu’importe. L’important est ce que nous faisons de nos jours !

Allons ! Suivez-moi ! Je vais en 2021 ! Et quelle que soit la couleur des jours qui nous y attendent, j’ai bien l’intention de les vivre en pleine conscience. Il faut se battre contre le défaitisme, il est pire que le coronavirus.

Cet article a 11 commentaires

  1. Bien vu !
    Il est probable que le monde tournerait mieux si on avançait en regardant devant au lieu de regarder par-dessus son épaule, toujours derrière.
    Cette confusion permanente en le souvenir et le regret du passé est exaspérante.
    A regarder derrière soi, en plus, on se casse la gueule…

    1. Passion Culture

      Tout à fait d’accord !

  2. Praline

    Très juste et très beau texte, merci.

    1. Passion Culture

      Merci

      1. Pivoine

        Bravo pour ce texte. J’ai beaucoup aimé. C’est une exhortation à vivre…

  3. heure-bleue

    Au risque de faire tache, je préférais ma vie d’avant.

    1. Passion Culture

      C’est vrai qu’au point où on en est, il m’arrive parfois de regretter ma vie d’avant avant d’avant avant 😉 . C’est probablement ce que l’on appelle le syndrome utérin 😉 .

  4. Emilicelina

    Tres joli texte , mais au jour d’aujourd’hui regarder vers l’ avant ….. heu ….. pourtant je suis de nature optimiste !

    1. Passion Culture

      Je crains effectivement qu’une vue à long terme soit nécessaire…

  5. Pivoine

    Oui. On ne sortira pas tout de suite de l’ornière… mais bon…

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