I comme Instant

Mais vous êtes tous des inquiets. Trois fois par an, dès que j’arrive dans ma famille, on commence par me demander : « Quand reviendras-tu ? » . Je réponds : « Mais je suis là ! »… Vivre l’instant, c’est donc si difficile ? reprit-elle comme pour elle-même. Ils voudraient tous vivre déjà demain ; mais demain, dans deux jours, sera hier ! Il n’y a qu’aujourd’hui qui soit intéressant. Ils perdent un jour chaque jour…

Gilbert Cesbron – Une abeille contre la vitre – P.79

Voilà mon drame : j’éprouve d’énormes difficultés à vivre dans l’instant présent… Certes, j’ai souvent tendance à évoquer le passé (avec surtout pour conséquence de vivre mille regrets) mais encore plus de me projeter dans le futur, ce qui ne manque pas de me stresser. Quant à vivre l’instant présent en toute sérénité…

Je pense que le problème crucial avec le futur, c’est la notion de projet. Pendant ma vie professionnelle, il n’y avait évidemment aucun souci : les projets étaient disponibles à foison, et la plus grande difficulté était d’établir des priorités, de choisir…

Et donc, il y a un peu plus d’un an, au moment de ma retraite, je me suis senti déstabilisé : que faire de tout ce temps retrouvé ? Je me voyais mal rester assis à longueur de journée dans mon fauteuil, à faire des mots croisés ou des sudokus. Il fallait donc trouver de nouveaux défis à relever, de nouveaux territoires à découvrir. Nous avions projeté de partir un mois au Vietnam, en mars de cette année. Nous avions décidé de nous entraîner à la marche, avec pour objectif de nous lancer dans l’aventure de Saint-Jacques de Compostelle, peut-être déjà dès ce mois de septembre, pour une première étape d’une quinzaine de jours.

Las… La covid est passée par là… Nous nous sommes entraînés à la marche, mais ce n’est pas demain la veille que nous prendrons notre bâton de pélerin… Notre voyage au Vietnam a été reporté à mars 2021, mais nous ne nous faisons aucune illusion…

Voilà pour nous le drame de cette pandémie : l’absence de perspective, l’impossibilité de rêver le moindre projet.

Ne reste donc pour nous sauver que vivre l’instant présent, même si c’est confinés. Mais il faut toutefois le nourrir, ce présent ! Car, comme j’ai coutume de le dire, c’est aujourd’hui que nous fabriquons nos regrets de demain…

J’ai parfois l’impression de m’éparpiller, de tourner en rond. Il est urgent de me recentrer et définir de nouveaux projets à taille de pandémie.

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6 réponses à I comme Instant

  1. heure-bleue dit :

    Tu fais collection de petits bonheurs, en vue du confinement, on a acheté des livres alors que la pile est bien haute, on a dégusté un club sandwich dans un palace, qui devait de toute façon fermer, 5% de fréquentation c’est trop peu pour faire tourner le monstre.

    • Passion Culture dit :

      Effectivement, à l’heure actuelle, il faut se contenter de petits bonheurs. L’important, c’est de ne pas les laisser s’échapper sans les savourer 🙂 !

  2. Heureusement, tu lis Cesbron.
    Enfin quelque chose de gai pour vaincre la tristesse du confinement.
    En 6 ème, comme tous les lycéens, j’ai lu « Notre prison est un royaume. »
    Plus tard on l’a appelé « ce vieux con de Cesbron ».
    Nous étions déjà des « kouffar »…

    • Passion Culture dit :

      Autre pays, mêmes moeurs ? C’est aussi à l’âge de douze ans que j’ai découvert Gilbert Cesbron, avec Notre prison est un royaume, dans le cadre de notre cours de Français. J’ai adoré, et dans la foulée, j’ai lu Vous verrez le ciel ouvert, Chiens perdus sans collier, etc. Par contre, je n’avais jamais lu Une abeille contre la vitre.
      Quelque chose de gai ? Peut-être pas. Mais par contre sa foi en l’humain peut aider à vaincre la tristesse du confinement !

  3. Alexandra dit :

    Difficile de faire des projets actuellement en effet… je travaille toujours et du coup ça me va bien ! Même sans la pandémie depuis de nombreuses années je profite de tout ce qui s’offre chaque jour carpe diem,… Moi aussi je lisais Cesbron dans les années 70 !

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