B comme Brandon

Aaron Westerberg

Retour à la peinture pour ce cinquante-deuxième devoir du Goût des Autres 🙂 .

Mais que peut bien avoir ce type ?
Que vous inspire-t-il ?
J’espère que vous en direz quelque chose lundi.

Raul est Cubain.
Raul est docteur en physique, spécialisé en problèmes de combustion, mais il n’a jamais travaillé comme physicien. Quoique. Ce sont ses connaissances en physique qui lui ont permis de devenir ce qu’il est : le meilleur testeur de cigares de Cuba. C’est grâce à lui que Cuba était considéré comme le producteur des meilleurs cigares du monde.

Ici, je me permets une petite parenthèse : connaissez-vous les différences entre une cigarette et un cigare ? Une cigarette est un cylindre de papier rempli de feuilles de tabac hachées, alors qu’un cigare est un cylindre formé de feuilles de tabac entières : une feuille à rouler est enroulée en spirale sur d’autres feuilles pliées ou roulées. Je vous passe les détails (vous en apprendrez beaucoup plus ici), mais Raul connaissait tout cela par coeur. Tout comme il savait qu’un cigare va se crapoter : on recrache la fumée sans l’avoir fait entrer dans nos poumons mais en la conservant quelques secondes dans la bouche pour en détecter les arômes et les saveurs, alors que pour la cigarette, la fumée s’aspire jusque dans les poumons et se recrache aussitôt.

Et son job, c’était justement d’évaluer ces arômes et ces saveurs. Il oeuvrait généralement en plein air, portant un manteau à large col quand il faisait plus froid. Il fallait le voir, les yeux fermés, pour mieux se concentrer sur son extase olfactive. Une autre partie de ces tests de qualité consistait à déceler les problèmes de combustion. Le plus désagréable est lorsque la sous-cape ou la cape sont trop combustibles par rapport aux feuilles de tripe, car la combustion progresse mal. Un léger excès de combustibilité n’est pas un défaut grave, mais il ne faut pas que la pointe du dôme excède le rayon du cigare sinon le brandon en ignition risque de lâcher des brindilles de braises. (source)

Raul est décédé à l’âge de trente-neuf ans. Non pas d’un cancer du poumon, ni même d’un cancer de la gorge. Non, tout simplement, un jour de forte chaleur où il ne portait pas son manteau, un brandon est tombé sur sa chemise, qui s’est enflammée.

Feu Raul…

Ce contenu a été publié dans Devoirs du Goût des Autres. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

9 réponses à B comme Brandon

  1. Adrienne dit :

    et du coup il était B comme barbe rousse 🙂

  2. heure-bleue dit :

    Je déteste l’odeur du cigare, mais faire mourir ton héros, c’est mal.

  3. Raul, comme son frère finit rouge jusqu’au bout…
    Apparemment, le cigrare est dangereux pour tous ceux qui travaillent dans son industrie.
    Souvent ça finit mal.
    Regarde Carmen…

  4. Gwen dit :

    Sais-tu aussi qu’à Cuba la nervure centrale de la feuille est enlevée, car c’est là que se niche la nicotine, ce poison légal que la Seita vend avec ses cigarettes au bon peuple de France…

    • Passion Culture dit :

      Comme Le Goût nous parmait de Carmen, j’ai fait quelques recherches sur Wikipedia :
      L’opéra Carmen de Georges Bizet a popularisé l’une des étapes de la fabrication des cigares et a créé un mythe : les cigares seraient « roulés sur les cuisses ». Ce mythe est repris dans l’Eurydice de Jean Anouilh. En réalité, au moment de la sélection des feuilles (et notamment pendant la partie qui consiste à enlever la nervure centrale de la feuille de tabac), les feuilles sont « posées » sur les cuisses des ouvriers, qui sont le plus souvent des femmes.

  5. Alexandra dit :

    Le tabac est souvent « sujet » de discorde… J’aime bien crapoter un cigare de temps en temps et dorénavant je ferai attention au brandon… Bonne soirée

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *