R comme Ronis

Willy Ronis – Le petit parisien (1952)

Pour cette (déjà) cinquantième édition de son devoir, le Goût des Autres a troqué la peinture contre la photographie.

Mais qu’a donc vu ce gamin qui le fait courir si joyeux ?
J’ai bien une idée…
Mais vous ?
Que vous inspire ou vous rappelle cette photo de Willy Ronis ?

Pour ma part, je me suis contenté de revisiter un grand classique 😉 .

Il était une fois un grand garçon, qui vivait en ville, le plus rieur qu’on pût voir ; son père en était fou, et son oncle Willy plus encore. Ce brave homme le prit en photo. En noir et blanc bien évidemment. Pour l’occasion, il lui avait même acheté un pull et des culottes courtes avec des bretelles, gris tous les deux. Cette photo eut tant de succès, dans le monde entier, que partout on se mit à appeler ce garçon le Grand Chaperon Gris. Nul ne savait pourquoi Chaperon, mais sans doute avait-il une arrière-arrière-arrière-grand-tante qui prisait cet accessoire vestimentaire.
Un jour son père, ayant cuit et fait des baguettes, lui dit : « Va voir comment se porte ton oncle, car on m’a dit qu’il était malade, porte-lui donc une baguette bien fraîche. » Le Grand Chaperon Gris partit aussitôt pour aller chez son oncle, qui demeurait dans un autre quartier de la ville. En passant dans une rue peu fréquentée, il rencontra commère la Covid, qui eut bien envie de le contaminer ; mais il n’osa pas, à cause de quelques experts qui étaient dans les environs. Elle lui demanda où il allait ; le pauvre enfant, qui ne savait pas qu’il est dangereux de s’arrêter à parler avec un non masqué, lui dit : « Je vais voir mon oncle, et lui porter une baguette que mon père lui envoie. »
— Demeure-t-il bien loin ? lui demanda la Covid.
— Oh oui, répondit le Grand Chaperon Gris, c’est par-delà l’hôpital que vous voyez tout là-bas, à la dernière maison de la ville.
— Hé bien, dit la Covid, je veux l’aller voir aussi ; je m’y en vais par ce chemin ici, et toi par ce chemin-là, et nous verrons qui plus tôt y sera. »
La Covid se mit à se répandre de toute sa virulence par le chemin qui était le plus fréquenté, et le grand garçon s’en alla par le chemin le plus désert, s’amusant à courir pour le plaisir, en riant du bon tour qu’il ferait en arrivant le premier.
La Covid ne fut pas longtemps à arriver à la maison de l’oncle ; il heurte : Toc, toc. « Qui est là ?
— C’est votre neveu, le Grand Chaperon Gris (dit la Covid, en contrefaisant sa voix) qui vous apporte une baguette que mon père vous envoie. »
Le brave oncle, qui était dans son lit à cause d’une sciatique récalcitrante, lui cria : « Tire la chevillette, la bobinette cherra. »
La Covid tira la chevillette, et la porte s’ouvrit. Elle se jeta sur le brave homme, et le contamina en moins de rien ; car il y avait plus de trois jours qu’il n’y avait plus eu de cas positifs en ville. Ensuite, il ferma la porte et s’alla coucher dans le lit de l’oncle, en attendant le Grand Chaperon Gris, qui quelque temps après vint heurter à la porte. Toc, toc. « Qui est là ? »
Le Grand Chaperon Gris, qui entendit la voix enrouée de la Covid, eut peur d’abord, mais croyant que son oncle n’avait qu’une grippette, répondit : « C’est votre neveu le Grand Chaperon Gris, qui vous apporte une baguette que mon père vous envoie. » La Covid lui cria en adoucissant un peu sa voix : « Tire la chevillette, la bobinette cherra. » Le Grand Chaperon Gris tira la chevillette, et la porte s’ouvrit.
La Covid, le voyant entrer, lui dit en se cachant dans le lit sous la couverture : « Mets la baguette sur la huche, et viens te coucher avec moi. » Le Grand Chaperon Gris se déshabille, et va se mettre dans le lit, où il fut bien étonné de voir comment son oncle était fait en son pyjama. Il lui dit : « Mon oncle, que vous avez de grands bras !
— C’est pour mieux t’enlacer, mon enfant.
— Mon oncle, que vous avez de grandes jambes !
— C’est pour mieux courir, mon enfant.
— Mon oncle, que vous avez de grandes oreilles !
— C’est pour mieux t’entendre, mon enfant.
— Mon oncle, que vous avez de grands yeux !
— C’est pour mieux te voir, mon enfant.
— Mon oncle, que vous avez une grande bouche !
— C’est pour mieux te contaminer, mon enfant. »
Et en disant ces mots, cette méchante Covid se jeta sur le Grand Chaperon Gris, et chercha à le contaminer. Pris de frayeur, criant de toutes ses forces, il s’échappa vers la porte, mais il tremblait tellement qu’il n’arrivait pas à l’ouvrir.
Heureusement, le docteur Raoult soignait des malades tout près de là. Entendant des cris, il courut à toute allure vers la maisonnette. En arrivant, il aperçut la Covid et le Grand Chaperon Gris à travers la fenêtre. Il se précipita et, d’une dose d’hydroxychloroquine, tua la Covid. Il était temps, le Grand Chaperon Gris avait déjà perdu l’odorat et ne cessait de tousser ! Hélas, pour l’oncle il était trop tard, il faisait partie d’un groupe à risques.
Le papa du Grand Chaperon Gris lui fit promettre de dorénavant bien se laver les mains régulièrement et de ne jamais cotoyer personne qui ne porterait un masque.

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14 réponses à R comme Ronis

  1. Adrienne dit :

    ah oui bien sur avec un Raoult, on ne craint plus rien 😉

  2. alainx dit :

    Ah ! Le Raoult et son Hydrochloro-quimeurt !
    On voit bien à sa crinière qu’il s’en fait des shampooings.

  3. Gwen dit :

    Que n’en v’là une histoire ! Heureusement, Zorro est arrivé à temps ! J’ai bien ri de ta façon de réécrire et transposer les traditions !

  4. Pivoine dit :

    Ah mon dieu ! On n’en sort pas de ce.tte Covid………. Vive le docteur Raoult ! En tout cas, c’est drôlement bien imaginé !

  5. heure-bleue dit :

    Transformer le loup en virus, il fallait y penser.

    • Passion Culture dit :

      L’idée m’est venue ce week-end, lorsque j’ai entendu que permettre aux étudiants qui kottent (belgicisme 😉 ) de rentrer dans leur famille, c’était introduire le loup dans la bergerie.

  6. Yvanne dit :

    Hein ? Quoi ? La Covid est morte ? Que voilà une excellente nouvelle Passion Culture ! Qu’importe qui a tué la sale bête.
    Très drôle ta réécriture du Petit Chaperon Rouge. Je me suis bien amusée à te lire.

  7. J’avais fait un commentaire mais il s’est envolé…
    Je te parlais d’une version « up to date » du Petit Chaperon Rouge.

  8. Julie dit :

    Alors, là, jamais on aurait pensé à revisiter de cette façon le petit chaperon rouge. C’en est passionnant…Vas-tu la raconter à tes petits enfants – heu, si tu en as ? –
    Raoult, c’est qui ? Je plaisante..Qui n’a pas entendu parler de lui ! Est-il un gourou, un charlatan ou un médecin qui ne pense qu’au bien être de ses concitoyens !

    • Passion Culture dit :

      Oui, j’ai des petits-enfants (huit, pour être précis), mais je ne leur raconterai pas l’histoire du Grand Chaperon Gris 😉 .
      Quant au goucharmé (mais non, pas Le Goût charmé), il n’y a pas de quoi organiser un raoût !

  9. delia dit :

    C’est sûr que si onlui faisait confiance au professeur Raoult… mais bon on préfère nous mettre à genou.

  10. Emilicelina dit :

    La….il fallait y penser… on devrait la raconter même à certains plus grands que des enfants !😊

  11. Passion Culture dit :

    Merci à toutes et tous pour votre passage et vos commentaires, qui m’encouragent à persévérer dans les devoirs du Lundi 🙂 !

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