I comme Indochine

J’ai découvert il y a quelques jours un nouvel atelier d’écriture, organisé par Sabrina. Voici les premières consignes :

Pour cette première tentative, je m’inspire donc du roman que je suis en train de lire Les Petites Reines de Clémentine Beauvais. Il faudra donc une histoire, où placer cette phrase LES ENFANTS SONT D’UN TOTALITARISME et les mots CANARD / GONFLÉE / DÉDAIGNEUX / INDOCHINE, inventer une expression bien à vous, et tout ceci autour de la thématique LES PETITES REINES.

Je le reconnais, la thématique de mon texte n’a rien à voir avec le roman de Clémentine Beauvais (que je n’ai d’ailleurs pas lu).


Vendredi soir

Irène, notre petite reine de seize ans, est enjouée ce soir. Il y a bien longtemps que ce n’était plus arrivé ! En fait, depuis la rentrée scolaire, sa mère et moi ne la reconnaissons plus. Elle qui était toujours morose, renfermée sur elle-même, affiche maintenant un sourire perpétuel. Pendant tout le repas, elle s’était montrée intarissable, ne cessant de parler de ses nouveaux profs, plus géniaux les uns que les autres, et de ses nouveaux copains de classe, particulièrement sympathiques cette année.

C’est au moment du dessert qu’elle a porté l’estocade.

  • Dis Papa, tu connais Indochine ?
  • Excuse-moi Irène, tu vas encore dire que je te reprends toujours, mais on ne dit pas « Tu connais Indochine ? », mais bien « Tu connais l’Indochine ? » Et pour répondre à ta question, le terme Indochine date du début du XIXème siècle et a été imaginé pour parler de l’influence culturelle déterminante de l’Inde et de la Chine sur les peuples de l’Asie du Sud-Est.
  • Bon, ça va, ne fais pas ton malin et cesse de me prendre pour une conne. Je connais très bien l’Indochine. Mais je te demandais si tu connaissais Indochine.

Un long silence, puis elle reprend d’un ton cette fois dédaigneux :

  • Et bien non, Papa chéri ne semble pas connaître Indochine, pas plus que Maman, d’ailleurs. Alors, que je vous explique ! Indochine est un groupe de rock français terriblement génial.

Voilà un mot qu’elle semble utiliser de plus en plus souvent. Nouveau silence, finalement brisé par sa mère :

  • Et alors ?
  • Et alors ? Ils viennent donner un concert gratuit après-demain à Namur. Vous ne lisez pas les infos, les parents ? Vous ne connaissez pas le programme des Fêtes de Wallonie ?
  • Et alors ? reprend mon épouse.
  • Et bien… Et bien… Je voudrais aller assister à ce concert. Voilà, c’est dit…
  • Ecoute ma fille, je te rappelle que tu n’as que seize ans et que tu es donc un peu jeune pour aller seule aux Wallonies. Et personnellement je n’ai aucune envie d’aller voir et écouter ces excités sur scène. Et je ne pense pas que cela intéresse ta mère non plus. Donc, notre réponse est non.
  • Mais enfin, ce ne sont pas des excités. Cela n’a bien sûr rien à voir avec ton Mozart, que tu écoutes à longueur de journée, mais tu dois certainement les avoir déjà entendus !

Et elle se met à fredonner :

Egaré dans la vallée infernale
Le héros s’appelle Bob Morane
A la recherche de l’Ombre Jaune

Bon d’accord, je le reconnais, j’ai déjà entendu cette chanson, qui m’est restée dans l’oreille en raison des souvenirs qu’elle évoque : j’ai pratiquement appris à lire dans les romans de Henri Vernes.

Sans doute a-t-elle vu que mon visage s’était adouçi, car elle en a profité pour enfoncer le clou.

  • Et tu n’as pas besoin de m’accompagner : je ne serai pas seule puisque j’irai avec Nicolas !

Vachement gonflée notre fille…

  • Et qui est donc ce Nicolas, dont je n’ai jamais entendu parler ?
  • Un nouveau copain de cette année, il vient juste d’emménager dans notre rue. Il est absolument GENIAL !

Les enfants sont d’un totalitarisme…

Dimanche soir

Il vient forcément un temps où les parents doivent se faire à l’idée de voir leurs enfants s’éloigner du nid. Par respect pour Bob Morane, j’ai donc craqué. Tout à l’heure, j’ai conduit Nicolas et Irène à Namur. C’est le père de Nicolas qui devait les ramener. Mais voilà, il y a une demie-heure, Irène m’a téléphoné en pleurs pour me dire qu’elle voulait revenir, que Nicolas, lui, comptait encore rester guindailler un peu. Alors me voilà à l’attendre, à l’extrémité du Pont de l’évêché. Elle arrive enfin et monte dans la voiture.

  • Et alors, ce concert ?
  • Bof… ça ne cassait pas deux pattes à un canard…
  • Excuse-moi, ma chérie, mais on ne dit pas « casser deux pattes à un canard », mais bien « casser trois pattes » à un canard.
  • Mais enfin, un canard n’a que deux pattes !
  • Justement, Irène, justement…

C’est alors que Irène s’est à nouveau mise à sangloter. Impossible à consoler. Manifestement, la raison de ses pleurs n’était pas une prestation décevante de Nicolas Sirkis (oui, je m’étais un peu renseigné sur le groupe depuis l’avant-veille) mais le comportement d’un autre Nicolas.

Vingt ans plus tard

Les choses se sont finalement arrangées : Irène et Nicolas se sont mariés quatre ans plus tard. Stéphane, leur fils de seize ans, ne leur demandera pas cette année la permission d’aller aux Wallonies. En raison de la Covid-19, elles ont été annulées.

Quant à moi, je possède maintenant l’intégrale des disques d’Indochine, et il m’arrive de relire mes vieux Bob Morane, dont je n’ai pas eu le courage de me défaire.

Si vous voulez revivre le concert d’Indochine à Namur le 17 septembre 2000, c’est ici !

 

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3 réponses à I comme Indochine

  1. Sabrina P. dit :

    Héhé ! Merci pour le relais et la participation inspirée ! J’ai l’impression que tous les mots y sont, finalement peu importe d’avoir lu ou non les reines en question (un roman sympathique et léger, parfait en été) ! J’aime beaucoup le décalage entre générations, les traits d’humour et tout est bien qui finit bien… génial Non 😉 ? Belle soirée à toi, Sabrina.

  2. Alexandra dit :

    J’aime beaucoup ton histoire et cette point d’humour ! Un bel exercice !

  3. Passion Culture dit :

    Grand merci à vous deux pour votre passage et vos commentaires 🙂 !

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