E comme Etouffer

Samedi après-midi. Il règne une chaleur suffocante. Comme on dit chez nous, il n’y a pas un pet de vent. Mais il faut bien penser au repas de ce soir. Me voici donc en mission de ravitaillement. Après être passé chez le boucher (brochettes de veau et de boeuf, merguez, tranches de lard), il ne me reste plus qu’un billet de dix euros. Juste de quoi acheter deux bouteilles de rosé bon marché au super-marché voisin.

Je déambule dans les allées à moitié vides. Juste à côté du rayon vins, me voici au rayon alcools et spiritueux. Mon attention est attirée par une promo pour une bouteille de calva à quinze euros. Cela me rappelle qu’il n’y en a plus à la maison. Je comptais en racheter à l’occasion de nos vacances en Normandie. Mais voilà, cette année, en raison de la pandémie, pas de vacances à l’horizon. Mais après tout, ne sommes-nous pas aussi bien chez nous ? Quoi de mieux qu’un bon barbecue dans son jardin ?

Hélas, il ne me reste pas assez d’argent liquide pour acheter le nectar convoité, et j’ai oublié ma carte de banque à la maison. Pourtant j’ai déjà une bouteille en mains. Que faire ? J’essaie de me raisonner. J’ai beau connaître le gérant, si je me fais prendre, ce sera difficile d’étouffer le scandale… Et puis, rien ne presse, il fait trop chaud aujourd’hui pour un pousse-café. Je repose sagement la bouteille sur l’étagère.

Je n’en peux plus. Je jette un regard à droite. Puis un autre à gauche. Personne. Alors j’en profite. J’ai honte, mais c’est plus fort que moi. Puisqu’il n’y a que la crainte d’être vu qui me retient et qu’il n’y a personne pour me voir, je craque.

Au secours ! J’étouffe ! De l’air ! De l’air ! Vite de l’air !

J’abaisse mon masque en-dessous du menton et respire quelques bonnes goulées d’air. Mon Dieu que c’est bon !

Un bruit soudain derrière moi me pousse à remonter mon masque. Juste à temps. Ouf ! Pas vu, pas pris !

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5 réponses à E comme Etouffer

  1. Alexandra dit :

    Ah j’adore !

  2. Dany dit :

    excellent

  3. Pivoine dit :

    Ah oui, c’est pas mal du tout… il y a du suspense. J’ai ramené une bouteille de calvados de Pennedepie, près de Honfleur. En 74… elle n’existe plus mais le livre de recettes oui. J’avais 16 ans et trouvais le calvados terriblement âcre. Malgré cela, ma prof de chimie me charriait chaque fois que j’avalais une gorgée…
    C’est pour humer les vapeurs de calvados que vous avez tombé le masque 😉

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