Ce ne peut être que lui

Pour ce 42ème devoir, les consignes du Gout des Autres sont aussi énigmatiques que l’illustration proposée :

Qui est-elle ?
Existe-t-elle ?
Que fait elle là ?
À vous de le dire lundi…

J’entends un bruit de moteur. Ce ne peut être que lui.

Depuis ce matin, je le guette. Ce ne peut être que lui : depuis le début du confinement, plus personne ne vient me rendre visite. Dieu que cette solitude me pèse.

Ce ne peut être que lui : hier soir, il m’a confirmé sa venue. Comme la première fois, il avait une voix chaude, sensuelle, rassurante.

C’est ma copine Jocelyne qui m’a donné ses coordonnées. Elle savait exactement ce dont j’avais besoin : entre amies, on se comprend à demi-mots. Elle savait que cela devenait urgent, que je n’en pouvais plus, que j’avais besoin de quelqu’un ! Oui, ce ne peut être que lui.

Quand je lui ai téléphoné il y a quinze jours, il m’a de suite mise en confiance. Son épouse était alitée, atteinte par la covid, alors il fallait que je me montre patiente, mais je pouvais compter sur lui ! Lui aussi, en quelque sorte, avait besoin de moi. Alors oui, ce véhicule remontant l’allée qui mène jusque chez moi, ce ne peut être que lui. Fugace, un sourire illumine mon visage. Cela fait si longtemps que je l’attends.

Voilà. J’avais raison. Il vient de se garer juste devant l’entrée. Il descend de sa camionnette. Mon Dieu qu’il est gros ! Mon Dieu qu’il est laid ! Mon Dieu qu’il est vieux ! Mais je m’en fiche éperdument : c’est bien lui que j’attendais, le vitrier qui va enfin remplacer mon carreau cassé.

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20 réponses à Ce ne peut être que lui

  1. Yvanne dit :

    Et j’ai terminé ma lecture avec un rire ! Je ne posterai mon texte que demain mais nous avons VU la même chose. 😉

  2. Adrienne dit :

    quand la visite du vitrier devient l’événement majeur du mois (ou même du trimestre) c’est dire que la situation est grave 🙂

  3. heure-bleue dit :

    Attendre le vitrier comme le Messie en été, le covid nous laisse dans un sale état.

    • Passion Culture dit :

      C’est que quand j’ai écrit ce texte, les températures étaient repassées en-dessous des normales saisonnières. Depuis trois jours, le soir, nous rallumons même le poele à pellets 🙁 . Alors je n’osais imaginer l’effet d’une vitre cassée 😉 !

  4. julie dit :

    Ha, ha, quelle chute, vraiment, fallait y penser !

  5. alainx dit :

    Évidemment on se demande tout au long du récit qui peut être « lui ». De l’art d’aménager le suspense.
    Et on n’est pas déçu : au final c’est une réussite !

  6. Praline dit :

    Bravo ! j’avoue que je ne m’attendais pas à cette chute ! (serais-je la seule ?) 🙂

    • Passion Culture dit :

      Mission accomplie : j’adore quand les chutes sont inattendues. (P.S. : uniquement dans les textes, bien sûr ;-).

  7. Où est passé le commentaire que j’ai fait hier ?

    • Passion Culture dit :

      Bizarre… Je n’ai rien vu passer… (Je reçois un mail à chaque commentaire posté) Je viens même de regarder dans la boîte spam du blog, mais elle est vide…

  8. Ça ressemblait à ça :
    La voix du vitrier vient soulever un espoir criant chez la rouquine.
    Est-ce le trou dans le vitrage qui était visé par l’attente ?
    On ne dira jamais les extrémités auxquelles mène le confinement.

  9. Gwen dit :

    Ah ! tu m’as bien eue… car je suis tombée dans le panneau bien sûr ! La morale est sauve et le carreau sera remplacé… Ouf !

  10. emiliacelina dit :

    super bien amené: même la femme avec le covid pour nous faire penser « elle est folle »!
    et huit mots avant la fin la surprise nous cueille … tu as bien réussi ton coup 🙂

  11. Cathbcathb dit :

    Je découvre;, un exercice intéressant !

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