Une oie blanche

Photo : Gueorgui Pinkhassov

Et voici donc le nouveau devoir proposé par le Goût des Autres :

De « confinement » à « enchaîné » il n’y a qu’un songe. Cette photographie du Russe Gueorgui Pinkhassov vous inspire-t-elle ? Ce serait gentil de commencer ce qu’elle vous a inspiré par cette remarque d’Oscar Wilde : « Discerner la beauté d’une chose est le plus grand raffinement que l’on puisse atteindre »
Et si vous le terminiez par ces deux vers d’Agrippa d’Aubigné
« Mon penser est bizarre et mon âme insensée
Qui fait présente encor’ une chose passée. »
Ce serait parfait.
Entre les deux, libre à vous.

Mon penser est bizarre et mon âme insensée
Qui fait présente encor’ une chose passée.

Elle n’était pas vraiment belle, mais elle avait cependant ce je-ne-sais-quoi qui vous fait tourner la tête. En fait, la mienne, depuis que j’avais fait sa connaissance, était complètement à l’envers. Au point, d’ailleurs, d’intervertir les consignes et de commencer mon récit par la fin. Mais j’espère que vous m’excuserez, il y a si longtemps que cela s’est passé…

Elle était même franchement moche ! Mais voilà, ses parents avaient de l’argent, beaucoup d’argent ! Alors, que voulez-vous, quand ils m’ont proposé de devenir le précepteur de leur fille tant que la pandémie durerait, je n’ai pas dit non. Cela me permettait de rester confiné, blanchi, nourri et payé… J’avais soixante ans, j’étais veuf et retraité, je tirais le diable par la queue. Elle avait vingt ans, c’était une oie blanche qui rêvait de tirer le diable par la queue et, par la force des choses, c’était moi le diable.

Une après-midi, entre un cours de mathématique et un cours de physique, elle m’a proposé de nous promener dans le parc de ses parents. Le thermomètre affichait une dizaine de degrés de plus que les normales saisonnières et le ciel était d’un bleu que je ne me souvenais plus avoir vu.

A un moment, elle s’est plainte d’avoir trop chaud. Je lui ai suggéré d’enlever sa veste, quelle sotte de s’être vêtue aussi chaudement ! Pour une fois, elle avait compris la leçon, car une centaine de mètres plus loin, c’est d’elle-même qu’elle ôta son chemisier, tout en affirmant que, décidément, il faisait très chaud. Et tant qu’elle y était, elle retira également sa jupe. A vrai dire, je commençais à me sentir un peu mal à l’aise, craignant à chaque instant que nous soyons surpris. Mais heureusement, en raison des mesures de confinement, tout le personnel de la maisonnée était en chômage temporaire et ses parents télétravaillaient. Nous avions donc le parc pour nous, et elle le savait. Je ne fus donc pas surpris lorsque, un peu plus tard, elle retira son soutien-gorge. Son collier de perles se détachait sur sa peau laiteuse, magnifique parure, mais j’avais du mal à empêcher mon regard de descendre plus bas, vers un fin collier, manifestement en or massif. Et puis, je l’avoue, encore un peu plus bas, vers sa poitrine, qu’elle avait ferme et fièrement dressée. Il y avait longtemps que je n’avais plus admiré d’aussi beaux seins, et ils rachetaient sans conteste son visage ingrat.

C’est alors que j’ai commencé à m’alarmer. Elle ne portait plus qu’un petit triangle de tissu pour protéger sa virginité, qu’elle rêvait sans doute de perdre.

J’avais mille fois raison de m’inquiéter. Nous n’avions pas parcouru cinquante mètres qu’elle s’est brusquement arrêtée. D’un geste décidé, elle a arraché son string et m’a effrontément regardé dans les yeux. « Et maintenant, prenez-moi ce que ce que vous voulez, je vous l’offre de bon coeur. »

Avais-je vraiment le choix ? Je suis quelqu’un de raffiné. J’ai pris les deux colliers !

Discerner la beauté d’une chose est le plus grand raffinement que l’on puisse atteindre…

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16 réponses à Une oie blanche

  1. La soixantaine modifie les envies chez certains…

  2. heure-bleue dit :

    Trop jeune le Monsieur pour laisser passer l’occasion, il aurait du prendre les trois, en plus, elle n’était peut être pas vierge.

  3. Yvanne dit :

    Quelle chute ! Pas de reins (je n’ai pas assisté à la scène érotico-pragmatique) mais de ton texte ! Super bien vu !
    Vraiment ? Une oie blanche ?

  4. Adrienne dit :

    et il a pu continuer à jouer les précepteurs, après ce haut fait?

  5. delia dit :

    On ne peut se fier à personne, une fille si bien éduquée et un vieux monsieur sur le retour, que le démon titillait, malgré l’heure d’été, il n’alla donc pas chercher midi à 14 heures ?

  6. alainx dit :

    Que voilà un texte en forme de jolie bijou virginal !
    C’était un précepteur qui avait des goûts de percepteur.

  7. Passion Culture dit :

    Merci à toutes et tous pour vos commentaires. Quelques uns d’entre vous semblant se poser des questions concernant le futur des protagonistes, peut-être les prochaines consignes du Goût des Autres m’inspireront-elles une suite 😉 ?

  8. Gwen dit :

    Ce que le narrateur omet de dire, c’est qu’il n’avait pas sous la main la petite pilule bleue qui l’aurait aidé à facilement franchir le pas…
    J’ai a-do-ré !

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