Journal du confinement : jour 484

Que nous propose donc Le Goût des Autres comme sujet du 32ème devoir ?

Vous ne trouvez pas que ce dessin d’Albert Marquet, est un beau symbole d’évasion ? En ces temps d’emprisonnement généralisé racontez nous une histoire de liberté récouvrée.


Albert Maquet – La charrette à bras (1904)

J’ai le moral dans les talons : c’est déjà notre deuxième fête nationale en confinement. Je suis avachi dans mon canapé, devant la télévision, à attendre le discours de notre président. Rassurez-vous, pour le moment je suis avachi, mais je continue à faire du sport ! Il y a six mois, j’ai acheté sur Internet un vélo fixe et je fais chaque jour une cinquantaine de kilomètres, tout en écoutant les nouvelles du front.

Mais chut… La Marseillaise se termine, l’allocution va commencer.

Chères compatriotes, chers compatriotes,
Je voudrais d’abord vous demander de vous rapprocher de votre écran : la distanciation sociale ne s’applique effectivement pas aux émissions de télévision.
Voilà. Très bien. Rapprochez-vous encore un peu.
Je vous l’ai dit il y a déjà longtemps, je vous le répète chaque jour, aujourd’hui encore je vous en conjure : Ayez confiance ! Nous veillons sur vous, nous veillons sur la France ! Je vous regarde, les yeux dans les yeux, et je vous l’affirme : je vois le bout du tunnel !

Là, je dois dire que j’ai flippé. Je me suis précipité à la salle de bains et je me suis bien regardé les yeux : je n’ai vu aucun tunnel, et encore moins son bout. Quand je suis revenu au salon, il continuait à pérorer.

Car, je vous le rappelle, en France, nous n’avons pas de médicaments, nous n’avons pas de vaccins, mais nous avons des idées ! Alors, je vous exhorte à vous montrer créatifs. Et tous ensemble, tous ensemble, nous vaincrons !

C’était plus que je ne pouvais en entendre. Comme si depuis plus d’un an nous ne nous étions pas montré créatifs ! Regardez-moi, par exemple. Mes couteaux ne coupaient plus, je ne peux plus sortir en acheter de nouveaux, allais-je devoir restreindre mon alimentation aux purées et aux légumes bouillis ? Et bien non ! Je suis allé à la cave chercher une vieille meule récupérée, il y a quelques années, dans un vieux moulin acheté par mon fils qui en a fait sa maison de campagne. Je l’ai fixée, moyennant quelques adaptations, à mon vélo fixe, et me voilà prêt à affuter mes couteaux et ma forme physique. Qui eût cru il y a dix-huit mois que le coronavirus allait faire de moi un rémouleur ? Et tous les matins, je pédale, j’aiguise, et je m’évade de notre triste actualité en fredonnant ce poème de Philippe Soupault, chanté par Hélène Martin :

Donnez-moi je vous prie
Vos ciseaux
Vos couteaux
Vos sabots
Vos bateaux
Donnez-moi tout je vous prie
Je rémoule et je scie

Donnez-moi je vous prie
Vos cisailles
Vos tenailles
Vos ferrailles
Vos canailles
Donnez-moi tout je vous prie
Je rémoule et je scie

Donnez-moi je vous prie
Vos fusils
Vos habits
Vos tapis
Vos ennuis
Donnez-moi tout je vous prie
Je rémoule et je fuis

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14 réponses à Journal du confinement : jour 484

  1. heure-bleue dit :

    En France, on revoyait fleurir les petits métiers d’antan, à la sortie de crise, on va retrouver les chanteurs des rues.

  2. Tu me rappelles les rémouleurs et les vitriers qui passaient dans les rues de Paris.
    Et même les « bohémiens » qui au plus fort du roulement de leur tambour, accompagnaient l’escalade de la chèvre en haut de l’escabeau.

  3. alainx dit :

    Heure-bleue à raison, on retrouvera les bonnes pratiques trop vite abandonnées. La fin du confinement verra se réouvrir les maisons closes, pour les divertissements sanitaires indispensables au maintien d’un bon niveau de l’hygiène publique.
    Fini les écrans, le grand retour du live. Sur justificatifs, les dépenses dans ces établissements, seront déductibles des impôts. Le président a donné ses instructions au ministre des finances.
    Nous entrerons véritablement dans « le temps d’après ».

  4. Adrienne dit :

    faire du sport au lieu de le regarder à la télé, ce serait un des rares aspects positifs de la situation actuelle 😉

  5. Yvanne Sarlat-Mons dit :

    N’affûte pas trop : il ne va plus rien rester de la lame ! 😉
    Tu as réussi à me faire sourire avec ton discours présidentiel. Merci.

  6. emiliacelina dit :

    je me souviens bien du rémouleur……. Tu as eu peur pour tes yeux hein ?

  7. Passion Culture dit :

    En fait, je me souviens très peu du rémouleur : je sais que mes grands-parents en parlaient, mieux, qu’ils l’attendaient, mais je ne me souviens pas de l’avoir vu « pour de vrai ». 😉 .

  8. Val dit :

    Il fait peur, ton confinement…
    Moi, je n’ai pas souri. Car ton scénario ne parait pas on implausible…

  9. Gwen dit :

    Je te lisais hier lorsque le téléphone a sonné… et je suis passée à autre chose. Me voilà revenue chez toi le rémouleur.
    Un confinement de deux ans ? Qui y résisterait ? Déjà, il y a ceux qui se déplacent impunément la nuit pour cambrioler : ma belle fille en a été la victime dans la nuit de dimanche à lundi et outre le matos informatique, ils ont pris la plus belle guitare de mon fils disparu. Ils devaient être trois. La police lui a dit que les vols se sont multipliés depuis 2 semaines…

    • Passion Culture dit :

      Elle n’était pas chez elle ? Avec le confinement, je lisais justement que si la cybercriminalité et autres arnaques aux masques et autres étaient en forte augmentation, les vols étaient en nette diminution…
      Il y a quelques années, nous avons été cambriolés. Le pis c’est cette impression de viol de son intimité et le stress consécutif. Bon courage !

  10. Fabie dit :

    Il me semble me souvenir des rémouleurs qui passaient, le matin dans les rues, récupérer les couteaux, et les rapportaient le soir.
    Oui, on a des idées, on fabrique des masques en tissus plus ou moins efficaces, mais mieux que rien disent les soignants qui en manquent cruellement…

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