Date palindromique

Ivan OLINSKY – Red-Headed Woman

Cette femme devant sa psyché, se prépare-t-elle à partir ou revient-elle ?
Et s’il y avait quelqu’un derrière elle ?
Dites en quelque chose lundi.
Que vous soyez à la place de l’une, de l’autre, des deux.
À vous de jouer.

Voici ce que nous proposait Le Goût des Autres pour notre vingt-cinquième devoir. Pour ma part, puisque j’ai fait mon devoir hier, date palindromique, j’en ai profité pour ajouter une contrainte supplémentaire : pendant le mois de février, tous mes atliers d’écriture devraient participer à une seule et même intrigue. D’où la nécessité de d’abord planter un peu le décor.


Est-ce parce qu’elle était née le premier janvier 2000 qu’Emilie était fétichiste des dates ? Très jeune, elle s’était persuadée que sa date de naissance était un signe du destin. Le problème, c’est que jusqu’à présent elle ne savait toujours pas le signe de quoi… En fait, depuis vingt ans, elle se cherchait sans se trouver. Son père, informaticien, l’avait affectueusement surnommée son bug de l’an 2000. Lorsqu’elle était en rogne, ce qui lui arrivait de plus en plus souvent, elle n’appréciait que très modérément…

Le onze décembre 2013, elle se décida à commencer à tenir son journal. Ce n’étaient pas les raisons qui manquaient. L’ambiance était de plus en plus tendue entre ses parents et elle se rendait compte qu’il ne faudrait plus attendre longtemps avant qu’ils ne décident de divorcer. Paradoxalement, alors que l’amour entre son père et sa mère se délitait, elle constatait que ses compagnons de classe la laissaient de moins en moins indifférente. Tout ceci la poussa donc à s’acheter un gros cahier ligné, sur la première page duquel elle écrivit soigneusement la date : 11.12.13. Cela faisait donc maintenant un peu plus de six ans qu’elle était diariste et, même si elle n’était pas souvent fière d’elle-même, elle se féliciatait de sa régularité.

A la date du premier janvier 2018, elle avait écrit :  » Aujourd’hui je suis majeure. Il est temps de savoir ce que je ferai de ma vie. Je serai médecin. » Elle n’avait jamais changé d’avis, même si son parcours avait été plus ardu que prévu.

Aujourd’hui, elle se regarde dans le miroir et trouve qu’elle a une sale tête. Elle se souvient qu’on est le trois février. Et donc que hier devait être le Grand Jour. Mais elle ne se souvient plus du déroulement de la journée d’hier… Pourtant, cela faisait plusieurs semaines qu’elle s’était mentalement préparée à ce premier week-end de février. Ils étaient nombreux à avoir décidé de fêter ensemble la fin de leur première session d’examens, avant de se remettre à travailler d’arrache-pied pour terminer l’année académique en beauté.

Elle savait au plus profond d’elle-même que le dimanche serait une journée qui marquerait à jamais sa vie. Il ne pouvait en être autrement avec une date palindromique : 02.02.2020. Depuis des jours, avant de se mettre au lit, elle lisait cette date de gauche à droite, puis de droite à gauche. Serait-ce ce jour-là qu’elle trouverait le grand amour ? Ou qu’elle perdrait ses illusions à défaut de sa virginité ?

Aujourd’hui, elle se regarde dans le miroir et se reconnaît à peine, tant ses traits sont tirés, son sourire amer. Elle ne se souvient plus de ce qui s’est passé hier. Elle ne sait même plus comment elle est rentrée dans sa chambre d’étudiante. Il ne lui reste plus aucun souvenir, il ne lui reste qu’une sourde migraine. Elle se masse l’arrière de la tête, mais rien à faire. Elle va devoir prendre une aspirine. Ou deux.

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9 réponses à Date palindromique

  1. Adrienne dit :

    aïe… c’est vrai que les étudiants en médecine ont la plus mauvaise réputation pour ce qui concerne leurs « fêtes », surtout en France

  2. heure-bleue dit :

    Belges ou Français, les étudiants font des fêtes bruyantes et alcoolisées, samedi soir, certains ont empêché la rue de dormir, fichu code qui nous empêche d’aller sonner pour leur secouer les puces.

  3. J’espère que sa migraine n’est pas due au GHB…
    Cela dit, il est vrai que les fêtes estudiantines sont quand même des « picolodromes ».
    C’est heureux quand ça ne se transforme pas en « baisodromes » où les consentements sont parfois balbutiants et laissent plus de douleurs intimes et de migraines que de souvenirs ce qui semble devenir plus fréquent…

  4. alainx dit :

    Que voilà un excellent début pour une nouvelle ou un court roman…
    qui plus est, j’aime beaucoup ton style.
    Bonne suite pour l’aventure.

  5. Gwen dit :

    J’attends la suite avec curiosité, car je pense que l’affaire va se corser ! Bonne idée de broder sur un thème.
    Vite la suite !

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