mois_anglais_2016Comme je l’indiquais dans mon billet précédent, je n’ai pas trouvé de meilleur moyen pour me motiver à tenir régulièrement ce blog que de me fixer un cadre relativement rigide de lectures et de chroniques. Quoi de mieux dans ce cas que la proposition de Crissylda et de Lou : consacrer le mois de juin à la culture anglaise. Il n’y a pas que la littérature qui soit à l’honneur, mais elle constituera très certainement ma plus grande part d’inspiration.

Nombre de lectures communes sont proposées : soit autour d’un roman particulier, d’un auteur ou d’un thème. Il y a suffisamment de propositions que pour que chacun y trouve son compte. En ce qui me concerne, c’est l’occasion de faire baisser ma PAL et voici donc le programme que je me suis fixé : cela fait une moyenne d’une cinquantaine de pages par jour, cela me semble jouable. Plus serait résomptueux et me mènerait à l’échec. Entre-temps, bien sûr, j’espère avoir l’occasion de publier d’autres billets typiquement british.

1 Un roman qui se passe à Londres William Boyd « Orages ordinaires » 498 p
5 Meurtre à l’anglaise (ou plus prosaïquement Polars anglais) Margery Allingham « Les détecteurs de pensées » 260 p
15 Victoriens anglais (Les soeurs Brontë, Wilkie Collins, Dickens, Gaskell, George Eliot, Thackeray, Trollope…) Charles Dickens « Un chant de Noël » 122 p
17 Sherlock Holmes, l’original et les produits dérivés (les titres/films mettant en avant Arthur Conan Doyle rentrent aussi dans cette LC) « La vallée de la peur » 254 p
20 Un écrivain contemporain au choix Ian McEwan « Operation Sweet Tooth » 437 p
26 Ouvrage lu en Anglais (Ceci est un défi personnel, qui n’apparaît pas dans les LC proposées) Roald Dahl « Boy – Tales of childhood » 176 p
28 Agatha Christie Les enquêtes d’Hercule Poirot 183 p
29 Littérature enfantine ou adolescente ou adaptations sur grand et petit écran (Winnie, Beatrix Potter, Paddington Bear, Gruffalo, Neil Gaiman, Harry Potter, Roald Dahl, Mary Poppins…) J. K. Rowling « A l’école des sorciers » 302 p
Total : 2232 p

Être prudent ! Avant de parler, toujours tourner sept fois sa langue dans sa bouche ! (Dans celle de son voisin, il paraît que cela ne se fait pas…) Avant de publier un billet sur son blog, toujours contrôler ses références ! Ne pas hésiter à avoir recours à des précautions liminaires !

Ainsi, au cas où vous ne sauriez pas qui est le phénix, plongez directement dans la partie Noms propres de votre Larousse, ne vous contentez pas des Noms communs : je ne parle pas d’une « personne exceptionnelle, unique en son genre » ! Non, je fais seulement référence à cet oiseau de la mythologie égyptienne, auquel la légende prêtait le pouvoir de renaître de ses cendres. Bref, un peu comme mon blog…

Non, mon passage du cap des 3×20 ne m’a pas déprimé au point de ne plus avoir envie d’écrire ici, mais, comme toujours, un manque récurrent de discipline associé à une procrastination chronique sont l’explication de mon long silence. Enfin, maintenant que mes cours sont terminés, je me dis que c’est le moment idéal pour mon retour dans la blogosphère ! Halte là 🙁 , me dit une petite voix : crois-tu qu’avec les examens à corriger qui vont commencer à s’accumuler sur ton bureau, ce soit vraiment le moment idéal ? Allons bon, mais alors quand ?

Comme l’indique le titre de ce billet, je commence à être fatigué de devoir si souvent renaître de mes cendres, épuisé d’avoir à relancer la machine après chaque silence qui s’éternise.

Alors, c’est décidé : c’est la dernière fois que je reprends le collier ! Si mon enthousiasme s’éteint encore une fois de manière prolongée, je mets la clé sous le paillasson, revends mon nom de domaine, et avec le bénéfice engrangé, je vais couler des jours paisibles bien loin, ou près, c’est selon, mais en tout cas au soleil !

Une seule solution s’impose : se fixer un agenda et s’y tenir. Le mois de juin sera donc anglais, mon billet de présentation arrive très prochainement, avec un planning de mes prochaines lectures et donc de mes prochains billets.

Et pour le 3 juillet, je devrai avoir lu Un avion sans elle, de Michel Bussi, choisi dans le cadre du défi Lire sous la contrainte : moyen de locomotion.

Enfin, pour le 15 juillet, il me faudra avoir trouvé (puis lu, et surtout chroniqué !) un ouvrage dont le titre contient le mot été.

Bref, j’ai du pain sur la planche !

 

Célestine, dans un récent billet, nous parlait – avec beaucoup de talent, comme à son habitude – de la dictature des nombres. Je voudrais pour ma part évoquer mon fétichisme des dates, qui n’en est qu’un cousin pas très germain.

Je ne suis pas superstitieux pour deux sous, mais j’ai toujours été fasciné par la symbolique des dates. Il m’a toujours semblé qu’un engagement pris à l’occasion d’une date particulière avait d’autant plus de chance d’être tenu. C’est ainsi que j’ai le plus souvent décidé d’arrêter de fumer, de me remettre au sport, de tenir régulièrement un blog le premier jour de l’an, à l’occasion de mon anniversaire ou d’un changement de saison, pour ne citer que quelques exemples.

Hélas, il ne s’agissait le plus souvent que d’illusions : je ne compte plus le nombre de fois où je me suis remis à fumer, à cesser de publier sur mon blog, à abandonner jogging, vélo ou natation.

L’expérience ne rend pas sage : à l’occasion de mon soixantième anniversaire, je m’étais promis de reprendre mon activité de diariste, d’alimenter quotidiennement mon blog, de lire chaque jour dix pages du Temps Perdu. Et dès le deuxième jour, c’est le flop. Comme d’habitude. A ma décharge, notre fille aînée nous est revenue hier de Londres, pour une semaine, avec sa famille, et quatre bouts de chou, cela occupe !

J’aurais bien sûr pu (dû ?) me forcer à prendre un quart d’heure avant de me mettre au lit pour remplir mes obligations littéraires, mais, justement, je ne veux pas que ce soit une obligation, alors, pour résister à la pression, je me suis abstenu. Une manière comme une autre de me la jouer rebelle, de refuser toute dictature, que ce soit celle des nombres, des dates fétiches ou des bonnes résolutions.

A moins que ce ne soit plus lâchement une manière de camoufler mon addiction à la procrastination ? Ce n’est pourtant pas l’envie d’une cure de désintoxication qui me manque !

A partir d’aujourd’hui, demain n’existe plus. Quant à hier, a-t-il jamais existé ?

Aujourd’hui, j’ai soixante ans. Mathématicien de formation, j’ai toujours été fasciné par les nombres. Surtout les ronds. Les passages des dizaines ont toujours été psychologiquement difficiles à assumer. Sauf peut-être la cinquantaine, je ne sais pas pourquoi. Par contre, la soixantaine 🙁 ! Alors j’essaie la méthode Coué :

60-ans

Pas certain que cela marche… Alors, je me réfugie dans les classiques :

Hé bien ! Qu’est-ce que cela, soixante ans !…C’est la fleur de l’age cela, et vous entrez maintenant dans la belle saison de l’homme.

Molière – L’Avare

Franchement, mon épouse a beau me dire que je commence aujourd’hui les quarante dernières années de ma vie, je ressens le poids de l’urgence. Il n’est plus temps de tergiverser. Mort à la procrastination ! Voilà pourquoi je décrète qu’à partir d’aujourd’hui demain n’existe plus. Je n’ai plus le temps de remettre mes rêves à demain !

Soixante années se sont donc écoulées depuis mon apparition sur cette bonne vieille Terre. Qu’en ai-je fait ? Quand je me retourne vers hier, je vois une vie heureuse et bien remplie, trop peut-être. Il vaut mieux, paraît-il, avoir des regrets que des remords. Je n’ai aucun remords, mais beaucoup de regrets. Pour la plupart, ils se ressemblent tous : le regret de n’avoir jamais été au bout de mes entreprises, par procrastination, par manque de constance dans l’effort, par excès de passions. Il n’est pas question de tirer un trait sur ce que fut ma vie jusqu’à présent, j’assume mes manques, mes erreurs, mes velléités, mais il n’est plus temps de pleurer sur le passé : je n’oublie pas que c’est aujourd’hui que je fabrique mes regrets de demain (même si demain n’existe plus).

Fini donc l’éparpillement… Il est trop tard pour reprendre un doctorat en mathématique ou en physique. Trop tard pour me lancer en politique. Trop tard pour fonder ma société. Même si l’âge de la retraite est sans cesse repoussé à plus tard par les politiciens qui nous gouvernent, il n’est plus temps de me surinvestir professionnellement. Ne me reste-t-il donc plus qu’à profiter de la vie ? Cela pourrait sembler un programme alléchant, mais rien à faire, il ne me suffit pas. J’ai besoin, comment vous dire, de me réaliser. Peut-être n’est-ce là qu’un vain désir de reconnaissance, mais il est ancré au plus profond de moi, et à défaut d’être en mesure de l’extirper, je me dois de l’accepter. Sans vouloir renier tout ce que j’ai entrepris jusqu’à présent, sans devenir monomaniaque, il est urgent de me consacrer à la littérature. Je n’en écrirai peut-être qu’un, mais je me fixe cela comme objectif des prochains mois : écrire un roman et le voir publié. Péché d’orgueil sans doute, mais l’anonymat de ce blog m’autorise toutes les audaces.

A partir d’aujourd’hui, je veux vivre dans le présent et le savourer. Et cela ne me semble pas incompatible avec mes prétentions d’écrivaillon.

Pour ce dernier jour de deuil national, je ne pouvais que vous proposer un dessin d’une jeune artiste belge, Milou Debatty. On y reconnaît le surréalisme et l’autodérision qui sont en quelque sorte notre marque de fabrique, et qui nous permettent de rester debout, quelles que soient les circonstances.

attentats-bruxelles3

Quand j’ai débuté la rubrique Ce que les personnages lisent, c’était simplement parce que je trouvais amusant de s’intéresser aux personnages de romans qui lisent eux-mêmes des romans. Parfois, il s’agit d’une simple indication banale, à peine plus que du « remplissage ». Le plus souvent, le choix de l’auteur est révélateur du personnage qui lit, voire de la thématique qu’il veut aborder dans son œuvre propre, belle mise en abyme s’il en est ! Et puis, plus rarement, l’œuvre lue par le personnage du roman devient un élément majeur de l’intrigue, une clé indispensable pour décoder le roman. C’est notamment le cas de L’Amant de Marguerite Dumas, que lit La petite barbare de Astrid Manfredi. Quelques extraits choisis :

Je lui parle d’un livre que j’ai lu en préventive : L’Amant de Marguerite Duras. Et je lui dis que ce bouquin ce n’est pas moi qui l’ai attrapé sur la bibliothèque, que c’est lui qui m’a capturée. Que ce livre m’était destiné et qu’il y avait à l’intérieur une révélation exaltante, que moi aussi je voulais être découverte comme ça par un homme.

p. 54

Il a compris qu’en embarquant sur la jonque de Marguerite, c’était mon fleuve que je cherchais. Y a rien à jeter dans les mots de Marguerite. On part avec eux.

p. 55

Je pense à ce livre que je vais retrouver ce soir, qui m’est tombé entre les mains à la bibliothèque de la taule : L’Amant, de Marguerite Duras. […] C’est beau, c’est ailleurs, ils marchent doucement, cherchent avec leurs corps. Il y a des moustiquaires, la mousson, des fantasmes, des rizières et des tourments et une mère fauchée qu’a besoin de pognon. C’est beau, c’est se donner contre un peu de flouze mais que ça reste élégant. C’est baiser dans des draps de vent avec un étranger qui s’émancipe de son costume de tweed. On dirait une longue complainte, un truc impossible.

 p. 90

Bref, de quoi donner envie de lire Marguerite Duras, ce que j’avoue, à ma grande honte, n’avoir pas encore fait…

J’ai huit ans. Le temps passe comme le jambon dans la trancheuse du charcutier. On a huit tranches et on n’a rien remarqué.

Astrid Manfredi – La petite barbare – p. 17

A partir d’un certain nombre de tranches, on commence malheureusement à le remarquer 🙁 . Dans quinze jours, le charcutier aura déjà tranché à soixante reprises. Va falloir qu’il commence à faire gaffe à ses doigts. J’espère pour lui (et pour moi 😉 ) qu’il reste encore assez de jambon !