La fable des gros cailloux

L’histoire est bien connue, je ne vous apprendrai sans doute rien en vous la racontant :

Lors d’un séminaire aux Etats-Unis, à la célèbre université de Harvard, un vieux professeur de philosophie fut sollicité pour tenir une conférence devant les plus hauts dirigeants de la planète. Le thème en était le temps.

Ces hommes et ces femmes responsables du destin du monde étant très occupés, le professeur ne disposait que d’un quart d’heure pour dispenser son enseignement. Il se présenta devant cette illustre assemblée et la salua d’un sourire. Il scruta les visages lentement, un par un, puis prit la parole d’une voix douce qui contrastait avec l’attitude surmenée de son auditoire. Ses gestes posés et lents étaient autant d’inclinations à la sérénité.

Il se pencha et saisit, sous la table derrière laquelle il se tenait, un grand pot en verre transparent qu’il plaça avec précaution devant lui. Ensuite, il sortit, toujours de sous son bureau, une douzaine de galets gros comme des oranges, et les déposa un par un dans le récipient. Lorsque celui-ci fut rempli et qu’il fut impossible d’y ajouter un seul caillou, il leva doucement les yeux vers l’assistance et demanda :

« Le pot est-il plein ? »

Tous répondirent :

« Oui. »

Il ménagea son effet et reprit :

« Vraiment ? »

Il s’inclina à nouveau et prit sous le pupitre un sac de graviers qu’il versa sur les galets. Il secoua légèrement le récipient. Et les graviers s’infiltrèrent entre les cailloux… jusqu’au fond.

Le professeur regarda son auditoire et demanda :

« Le pot est-il plein, à présent? »

L’assemblée, perplexe, hésitait à répondre, lorsque quelqu’un lança :

« Probablement pas !

– Bien. » opina le professeur.

Toujours avec infiniment de précautions, il extirpa de sous son pupitre un seau de sable dont il vida le contenu sur les pierres. Le sable s’insinua entre les cailloux et les graviers.

Une nouvelle fois, il interrogea :

« Le pot est-il plein ?

– Non ! » s’exclamèrent les spectateurs.

Et comme chacun s’y attendait, il prit une carafe remplie d’eau qu’il déversa jusqu’à remplir complètement le pot.

« Cette fois, dit-il, je crois que le pot est plein. »

Et chacun acquiesça.

« Quelle grande vérité nous enseigne cette expérience ? »

Songeant au thème du cours, la gestion du temps, l’un des dirigeants se risqua à répondre :

« Vous avez voulu nous démontrer que le temps est compressible et que même lorsque notre agenda est surchargé, il est toujours possible d’y ajouter des rendez-vous supplémentaires. »

Le maître sourit.

« La grande vérité que nous enseigne cette expérience est que si je n’avais pas mis les gros cailloux en premier dans le pot, je n’aurais pas pu les y faire entrer tous, ensuite. »

Un profond silence accueillit ses paroles. Chacun prenant conscience de l’évidence de ces propos, sans toutefois en comprendre le sens.

« Quels sont les gros cailloux de votre vie? reprit le maître. Quelles sont vos priorités absolues ? En un mot, l’essentiel de votre existence ? Votre famille ? Votre santé ? Vos amis ? Réaliser vos rêves ? Vous cultiver ? Défendre une cause ? Prendre le temps d’être heureux ? La leçon à tirer de cette expérience est qu’il faut toujours privilégier l’essentiel, sinon nous risquons de passer à côté de notre existence. Si on donne priorité aux peccadilles, notre vie n’ira pas à l’essentiel ! »

L’assemblée écoutait en silence ces phrases pleines de sagesse.

« Alors, ajouta le vieux professeur, posez-vous chaque jour la question : quels sont les gros cailloux de ma vie ? Et placez-les en priorité dans votre pot. »

Ceci pour vous dire que j’ai décidé, en ces temps difficiles, de réfléchir à mes priorités. J’ai en effet l’impression que je m’éparpille et que je ne laisse plus de place à mes aspirations profondes. Je ne renie pas ce blog, mais la manière dont je gère mon addiction à la blogosphère et autres réseaux sociaux me pose question. Je me laisse donc deux mois de réflexion.

Bref, je ne vous dis pas « Adieu », mais « A l’année prochaine ! D’ici là, prenez soin de vous et des autres ! »

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J comme Jardin

Cette semaine, chez Carole et son projet 52 photos, le thème était . Ni une ni deux, comme il ne pleuvait pas, je suis sorti au jardin et l’automne a fait le reste 🙂 :

Dans mon jardin – 25 octobre 2020

 

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I comme Instant

Mais vous êtes tous des inquiets. Trois fois par an, dès que j’arrive dans ma famille, on commence par me demander : « Quand reviendras-tu ? » . Je réponds : « Mais je suis là ! »… Vivre l’instant, c’est donc si difficile ? reprit-elle comme pour elle-même. Ils voudraient tous vivre déjà demain ; mais demain, dans deux jours, sera hier ! Il n’y a qu’aujourd’hui qui soit intéressant. Ils perdent un jour chaque jour…

Gilbert Cesbron – Une abeille contre la vitre – P.79

Voilà mon drame : j’éprouve d’énormes difficultés à vivre dans l’instant présent… Certes, j’ai souvent tendance à évoquer le passé (avec surtout pour conséquence de vivre mille regrets) mais encore plus de me projeter dans le futur, ce qui ne manque pas de me stresser. Quant à vivre l’instant présent en toute sérénité… Continuer la lecture

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H comme Hélas

Walker Evans

Pour ce cinquante-quatrième devoir du Goût des Autres, j’ai changé de point de vue 😉 ! Aujourd’hui, je suis une femme de cinquante-quatre ans 🙂 .

Cette photo de Walker Evans semble nous dire quelque chose.
Elle me rappelle quelque chose.
Mais quoi ?
Peut-être un film…
Ou autre chose.

C’est une copine de l’atelier théâtre qui m’a refilé le tuyau. « T’as pas envie de faire du cinéma ? », m’a-t-elle demandé. « Pour sûr », j’ai répondu. Mais à cinquante-quatre balais, je ne me faisais pas d’illusions, même si, comme l’un de mes amants me l’a dit, j’ai encore de beaux restes. « T’inquiètes, ils cherchent parfois des MILFS » a-t-elle rétorqué. Je ne savais pas ce qu’était une MILF, mais cela me semblait bien et je me suis inscrite sur le site www.casting.com. Continuer la lecture

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G comme Gilbert

GILBERT Elizabeth

Biographie

Elisabeth Gilbert est née en 1969 à Waterbury, dans le Connecticut. Sa famille faisait pousser des arbres de Noël. Aussi loin qu’elle s’en souvienne, elle a toujours voulu écrire. Etudiante en sciences politiques à l’université de New-York, elle suivait les cours la journée et écrivait la nuit. Après ses études, elle a passé plusieurs années à voyager aux États-Unis, gagnant sa vie en travaillant dans des bars, des restaurants ou des ranchs. Ces expériences, dont elle s’est inspiré pour ses fictions, sont à la base de son premier ouvrage, « Pilgrims », un recueil de nouvelles .

Elizabeth Gilbert en 2009 (photo : Erik Charlton)

Quand elle habitait à New-York, elle a aussi été journaliste pour Spin, GQ, et le New-York Time Magazine.
En 2000, elle publie son premier roman, « Stern Men », histoire d’une brutale guerre de territoire entre deux petites îles de pêcheurs, au large du Maine. Le livre est remarqué par le New-York Time. En 2002, elle publie « Le dernier américain », histoire vraie d’un homme qui vit volontairement dans les bois.

Mais elle est essentiellement connue dans le monde entier pour son livre « Mange, prie, aime », chronique du voyage qu’elle a fait à travers le monde, quand, après un divorce douloureux, elle cherchait une consolation dans un périple existentiel. Ce livre a été traduit en plus de 30 langues et vendu à 7 millions d’exemplaires et a été adapté au cinéma, avec Julia Roberts et Javier Bardem. Son succès est tel qu’Elisabeth Gilbert a été nommée parmi les 100 personnes les plus influentes du monde par le Time Magazine.

Bibliographie

(non exhaustive : uniquement les ouvrages chroniqués sur mon blog)

  • 2008 : Mange, Prie, Aime (billet à paraître très prochainement)
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F comme Finir

Finir mon livre ! Voilà quatre ans que j’habite avec cette pensée, toujours seul avec elle, toujours courbé sous son poids ! Autrefois j’étais un homme comme un autre homme. Je pouvais penser à ce que je voulais, j’étais libre. Maintenant, je n’ai plus qu’une conviction : je dois finir ce roman.

François Weyergans – Trois jours chez ma mère – p.83

Il y a de ces livres, que l’on peine à finir. De lire. Comme par exemple A la recherche du temps perdu, 2400 pages chez Gallimard, en collection Quarto. Un tel pavé, d’accord, on peut imaginer qu’il faille quatre ans pour le terminer. En ce qui me concerne, cela fait dix ans qu’il trône dans ma bibliothèque, sans que je l’aie même ouvert. Intimidé, que je suis.

Il y a aussi ce livre, que je peine à finir. D’écrire. Je l’ai commencé il y a une quinzaine d’années. Mais cela fait plus de dix ans qu’il traîne dans je ne sais plus quelle caisse au grenier. Régulièrement, je me dis qu’il faudrait que je le retrouve… et que je le finisse. L’envie est toujours là, mais le feu sacré est éteint…

Finalement, plutôt que le finir, je vais peut-être en commencer un autre… 😉 !

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E comme Expulsé

Matteo Massagrande

53ème devoir du Goût des Autres :

Dans cette toile de Matteo Massagrande, la chambre ne vous rappelle peut-être rien.
Peut-être quelque chose.
Vous en direz plus lundi, j’espère.

D’abor, je voudrais dire merci à mon ami Michel pour corriger mon texte. Même s’il n’a pas tout corrigé. Parce qu’il a dit qu’il y avait beaucou de fautes. Continuer la lecture

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D comme Dos

Cette semaine, pour son Projet 52 photos, Carole nous propose comme thème le portrait. L’occasion pour moi de vous parler d’une exposition vue à Namur il y a peu (et qui se termine le 3 janvier !) : Vu.e de dos.

Trine Søndergaard – Untitled (Thorvaldsen #3) 2020

En ce qui concerne les oeuvres exposées, elles sont très variées, et il y en a donc pour tous les goûts (même si insuffisamment pour le mien). La démarche est toutefois très intéressante !

Cette exposition est consacrée (notamment) à la figure humaine vue de dos dans l’art contemporain. Elle souhaite interroger le pouvoir subversif de l’anonymat qu’implique cet anti-portrait au regard de phénomènes actuels tels que la prolifération massive de selfies sur les réseaux sociaux ou les dispositifs de surveillance par reconnaissance faciale, mais aussi, tout récemment, le port du masque sanitaire qui est venu modifier de façon inédite les modes d’apparition des individus dans l’espace public.

Ce thème apparaît particulièrement actuel au regard du fonctionnement médiatique de notre société contemporaine. En effet, l’anonymat qu’implique la posture de dos n’est-il pas une manière de déjouer le phénomène massif de dévoilement de soi qu’ont engendré l’usage intensif des médias sociaux et, plus particulièrement, la production quotidienne de milliers de « selfies » ? Plus encore, cet anonymat ne peut-il pas également apparaître comme un acte délibéré de résistance aux innombrables dispositifs de surveillance (par la reconnaissance faciale notamment) qui se sont répandus ces dernières années dans nos cités au point de devenir une menace pour les libertés individuelles ? Dans ce contexte, réfléchir à l’apparition de la figure humaine de dos conduit inévitablement à adopter une position critique vis-à-vis du fonctionnement des images de soi ou de la place des individus dans l’espace public.

Outre les êtres humains vus de dos (la partie la plus intéressante de l’expo), on y trouve aussi des oeuvres présentant des miroirs ou des peintures vues de dos… ce qui m’a laissé plus perplexe 😉 .

Pour ma participation au Projet 52 photos, j’ai donc choisi de vous présenter un backfie, soit un anti-selfie.

N’importe où – 2 Octobre 2020

 

 

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C comme Circulaire

Une fenêtre circulaire, ce n’est pas banal, mais pas non plus exceptionnel. Mais deux ? Voici donc deux fenêtres circulaires. Que dis-je ? Elles sont quasi identiques ! Cela tombe bien, c’était le thème pour la 41ème semaine du projet 52 Photos chez Carole 🙂 . Notez que c’est heureux qu’elle ne soient pas rigoureusement identiques, on aurait pu crier à la manipulation informatique 😉 .

Ostende (Belgique) – 22 septembre 2020

Publié dans Projet 52 photos 2020 | 9 commentaires

B comme Brandon

Aaron Westerberg

Retour à la peinture pour ce cinquante-deuxième devoir du Goût des Autres 🙂 .

Mais que peut bien avoir ce type ?
Que vous inspire-t-il ?
J’espère que vous en direz quelque chose lundi.

Raul est Cubain.
Raul est docteur en physique, spécialisé en problèmes de combustion, mais il n’a jamais travaillé comme physicien. Quoique. Ce sont ses connaissances en physique qui lui ont permis de devenir ce qu’il est : le meilleur testeur de cigares de Cuba. C’est grâce à lui que Cuba était considéré comme le producteur des meilleurs cigares du monde.

Ici, je me permets une petite parenthèse : connaissez-vous les différences entre une cigarette et un cigare ? Une cigarette est un cylindre de papier rempli de feuilles de tabac hachées, alors qu’un cigare est un cylindre formé de feuilles de tabac entières : une feuille à rouler est enroulée en spirale sur d’autres feuilles pliées ou roulées. Je vous passe les détails (vous en apprendrez beaucoup plus ici), mais Raul connaissait tout cela par coeur. Tout comme il savait qu’un cigare va se crapoter : on recrache la fumée sans l’avoir fait entrer dans nos poumons mais en la conservant quelques secondes dans la bouche pour en détecter les arômes et les saveurs, alors que pour la cigarette, la fumée s’aspire jusque dans les poumons et se recrache aussitôt. Continuer la lecture

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